—Alors, pourquoi diable ta mère s'avise-t-elle d'être malade?
—Soyez tranquille, M. Minxit; aussitôt que mon père travaillera, vous serez payé de vos visites: il m'a bien chargée de vous le dire.
—Bon! voilà encore une autre sottise! Il est donc fou ton père de vouloir me payer mes visites quand il n'a pas de pain!… Pour qui me prend-il donc, ton imbécile de père?… Tu iras ce soir avec ton âne chercher un sac de mouture à mon moulin, et tu vas emporter un panier de vin vieux avec un quartier de mouton; voilà, pour le moment, ce qu'il faut à ta mère. Si d'ici à deux ou trois jours ses forces ne reviennent point, tu me le feras dire. Va, mon enfant.
—Eh bien! dit M. Minxit à Benjamin, comment trouves-tu la médecine des urines?
—Vous êtes un brave et digne homme, M. Minxit; voilà ce qui vous excuse; mais, diable! vous ne me ferez toujours pas traiter une chute de perron autrement que par la saignée.
—Alors, tu n'es qu'un conscrit en médecine; tu ne sais donc pas qu'il faut des drogues aux paysans, sinon ils croient que vous les négligez?
Eh bien donc, tu ne consulteras pas les urines; mais, c'est dommage, tu aurais fait un joli sujet.
VII
CE QUI SE DIT À LA TABLE DE M. MINXIT
L'heure du dîner arriva; quoique M. Minxit n'eût invité que quelques personnes autres que celles à nous connues, le curé, le tabellion et un de ses confrères du voisinage, la table était chargée d'une profusion de canards et de poulets, les uns couchés dans une majestueuse intégrité au milieu de leur sauce, les autres étalant symétriquement, sur l'ellipse de leur plat leurs membres désarticulés. Le vin était, du reste, d'une certaine côte de Trucy, dont les ceps, malgré le nivellement qui a passé sur nos vignobles comme sur notre société, ont conservé leur aristocratie, et jouissent encore d'une réputation méritée.