—Et vous, M. le docteur, dit-il en s'adressant à Fata, croyez-vous au
Juif-Errant?

—Hum, hum, fit celui-ci en absorbant une grosse prise de tabac.

—Pour vous, respectable M. Minxit…

—Moi, interrompit M. Minxit, je pense comme le confrère, excepté qu'au lieu d'une prise de tabac, c'est un verre de vin que je m'administre.

—Vous, du moins, M. Rathery, qui passez pour un philosophe, j'espère bien que vous ne faites pas au Juif-Errant l'honneur de croire à ses éternelles pérégrinations.

—Pourquoi pas? dit mon oncle; vous croyez bien à Jésus-Christ, vous?

—Oh! c'est différent, répondit le curé. Je crois à Jésus-Christ, parce que ni son existence ni sa divinité ne peuvent être révoquées en doute; parce que les évangéltstes qui ont écrit son histoire sont des hommes dignes de foi; parce qu'ils n'ont pu se tromper; parce qu'ils n'avaient pas d'intérêt à tromper leur prochain, et que, quand bien même ils l'eussent voulu, la fraude n'eût pu s'accomplir.

Si les faits consignés par eux étaient controuvés; si l'Évangile n'était, comme le Télémaque, qu'une espèce de roman philosophique et religieux, à l'apparition de ce livre fatal qui devait répandre le trouble et la division à la surface de la terre; qui devait séparer l'époux de l'épouse, les enfants de leurs pères; qui réhabilitait la pauvreté; qui faisait l'esclave l'égal du maître; qui heurtait toutes les idées admises; qui honorait tout ce qui jusqu'alors avait été méprisé, et jetait comme ordures, au feu de l'enfer, tout ce qui avait été honoré; qui renversait la vieille religion des païens, et sur ses débris établissait, à la place d'autels, le gibet d'un pauvre fils de charpentier…

—M. le curé, dit M. Minxit, votre période est trop longue: il faut la couper par un verre de vin.

M. le curé, donc, ayant bu un verre de vin, poursuivit: