—Mais…
—Mais… prenez garde à l'âne, et ne le piquez pas, comme ce matin, de votée épée; voilà tout ce que je vous demande.
—Vous me boudez, ma sœur; je voudrais savoir pourquoi?
—Eh bien! je vais vous le dire: parce que vous avez trop bu, trop discuté, et que vous n'avez rien dit à mademoiselle Arabelle. Maintenant, laissez-moi tranquille.
VIII
COMMENT MON ONCLE EMBRASSA UN MARQUIS.
Le samedi suivant, mon oncle alla coucher à Corvol.
On partit le lendemain au lever du soleil. M. Minxit était accompagné de tous ses gens et de plusieurs amis, dont le confrère Fasta faisait partie. C'était par un de ces jours splendides que le sombre hiver, semblable à un geôlier qui sourit, donne de temps en temps à la terre; février semblait avoir emprunté au mois d'avril son soleil; le ciel était limpide, et le vent du midi emplissait l'atmosphère d'une molle tiédeur; la rivière fumait au loin entre les saules, la gelée blanche du malin pendait en gouttelettes aux branches des buissons; les petits pâtres chantaient pour la première fois de l'année dans les prés, et les ruisselets qui descendent de la montagne du Flez, réveillés par la chaleur du soleil, gazouillaient au pied des haies.
—M. Fata, dit mon oncle, voilà une belle journée! Est-ce que nous la passerons entre les rameaux mouillés des bois?
—Ce n'est pas mon avis, confrère, répondit celui-ci. Si vous voulez venir chez moi, je vous montrerai un enfant à quatre têtes que j'ai serré dans un bocal. M. Minxit m'en offre trois cents francs.