—Laquais, dit le marquis, auquel la colère avait fait oublier le prétendu danger qu'il courait, conduisez cet homme dans la cour et qu'on lui donne cent coups de fouet; je veux l'entendre crier d'ici.

—Bien, dit mon oncle. Mais dans dix minutes l'opération sera devenue impossible, et dans une heure vous serez mort.

—Eh! ne puis-je donc envoyer quérir, à Varzy, un chirurgien par mon coureur?

—Si votre coureur trouve le chirurgien chez lui, celui-ci arrivera juste pour vous voir mourir et donner ses soins à madame la marquise.

—Mais il n'est pas possible, dit la marquise, que vous restiez inflexible. N'y a-t-il donc, pas plus de plaisir à pardonner qu'à se venger?

—Oh! madame, reprit Benjamin en s'inclinant avec grâce, je vous prie de croire que si c'était de vous que j'eusse reçu une pareille insulte, je ne vous garderais pas rancune.

Madame de Cambyse sourit, et comprenant qu'il n'y avait rien à gagner avec mon oncle, elle engagea elle-même son mari à se soumettre à la nécessité, et lui fit observer qu'il n'avait plus que cinq minutes pour se décider.

Le marquis, vaincu par la terreur, fit signe à deux laquais qui étaient dans sa chambre de se retirer.

—Non pas, dit l'inflexible Benjamin, ce n'est pas ainsi que je l'entends. Laquais, vous allez au contraire avertir les gens de M. de Cambyse de se rendre ici de sa part: ils ont été témoins de l'insulte, il faut qu'ils le soient de la réparation. Madame la marquise seule a le droit de se retirer.

Le marquis jeta un coup d'œil sur la pendule et vit qu'il ne lui restait plus que trois minutes; comme le laquais ne bougeait pas: