Bob fit un signe de tête et le docteur enfonça l’aiguille de la seringue hypodermique dans son bras. Puis il appuya. Le jeune garçon fixait un mur blanc, très inquiet d’apprendre les réactions du Chasseur.
« — Je ne trouve qu’une autre espèce de molécules de protéine, annonça finalement le Chasseur. Demandez donc au docteur si je dois faire disparaître le liquide qu’il vient de vous injecter ou si je le laisse se répandre dans votre corps. »
Bob transmit le message.
« — Autant que je puisse savoir, répondit le médecin, cela n’a pas d’importance, mais je préférerais que le Chasseur laisse le vaccin se répandre librement et qu’il me dise les effets produits sur ton organisme. Nous croyons actuellement qu’il est sans danger, mais personne n’en est sûr. Mieux vaut limiter les expériences à une seule injection aujourd’hui. Tu peux aller rejoindre tes amis, Bob, mais fais bien attention. Teroa n’est pas le seul suspect. »
En montant à bicyclette la douleur de sa jambe se rappela à lui. Et il songea brusquement que le médecin n’avait même pas pensé à regarder sa blessure. Il souhaitait pouvoir l’oublier aussi complètement. Le trajet ne lui prit pas beaucoup de temps et il remarqua qu’un tas déjà important de morceaux de bois divers était amassé près de l’endroit où les garçons avaient abandonné leurs bicyclettes. Il posa la sienne à côté des autres et se mit à la recherche de ses camarades.
Les quatre garçons avaient délaissé un moment la recherche du matériel de réparation. Pour l’instant ils étaient tous à côté de la paroi de béton que Bob avait vu couler. Le ciment était sec à présent et l’on préparait le coffrage pour les murs de côté. Les garçons, penchés sur le haut du mur, regardaient l’intérieur du futur réservoir. Bob se joignit à eux et vit qu’ils avaient les yeux fixés sur quelques hommes qui semblaient se livrer à une occupation étrange. Tous portaient des masques, mais l’on reconnaissait quand même celui qui les dirigeait : c’était le père de Malmstrom. Il semblait s’occuper d’un compresseur relié par un tube flexible à un tonneau contenant du liquide et, de l’autre côté de la machine, un second tuyau se terminait par un embout aplati. L’un des hommes répandait le liquide sur le ciment pendant que derrière lui d’autres s’avançaient, une lampe à souder à la main. Les garçons avaient une vague idée de ce qui se passait sous leurs yeux. La plupart des bactéries employées dans les reservoirs donnaient naissance à des produits extrêmement corrosifs, soit au cours du processus de transformation, soit comme déchet. La vitrification appliquée sur les parois était destinée à protéger le béton de ces substances très actives. L’opération consistait à étendre un produit chimique à base de fluor que l’on avait découvert quelques années auparavant comme un isotope de l’uranium. Étendu sur les murs, le produit donnait un vernis vitrifié par polymérisation dès qu’on le soumettait à une très haute température. Les vapeurs qui se dégageaient alors étaient toxiques, ce qui expliquait le port des masques. Perchés à une dizaine de mètres de là les garçons respiraient de temps à autre des relents de fumée nauséabonde. Le Chasseur lui-même ne sentait pas le danger, mais heureusement quelqu’un d’autre s’en occupa.
« Tout d’abord vous attrapez des coups de soleil à vous enlever toute la peau et maintenant vous vous parfumez aux vapeurs de fluor. Vous ne faites vraiment pas beaucoup attention à vous ces derniers temps. »
Surpris, le groupe se retourna d’un bloc pour apercevoir la haute silhouette du père de Bob. Les jeunes gens l’avaient déjà remarqué parmi les hommes qui travaillaient en dessous, mais ne l’avaient pas vu monter jusqu’à eux.
« Pourquoi croyez-vous donc que M. Malmstrom et les autres portent des masques ? Vous ne craignez pas grand-chose là ou vous êtes, mais mieux vaut ne pas courir de risques. Venez donc avec moi. »
Sans mot dire, les garçons le suivirent le long de la paroi. Parvenu à l’extrémité du chantier M. Kinnaird leur fit un geste d’adieu en lançant :