« Ce n’est pas encore une preuve. Si le fugitif est entré dans le corps de Rice cet après-midi-là, il ne peut pas être à l’origine de l’incident qui se produisit sur l’appontement quelques minutes plus tard. En effet, il lui a fallu sans doute, comme au Chasseur, plusieurs jours avant d’être accoutumé à son entourage et de pouvoir s’occuper de ce qui se passait à l’extérieur. En outre il ne pouvait pas nous soupçonner déjà d’abriter le Chasseur.

— C’est exact, Bob, mais l’histoire de l’appontement peut très bien avoir été véritablement un accident. Toutes les aventures qui sont arrivées à vous ou à vos amis peuvent fort bien ne pas avoir été préméditées. Je te connais depuis ta naissance et j’avoue que si l’on m’avait raconté tout cela avant que tu ne me révèles l’existence du Chasseur je n’aurais été nullement surpris. Et ceci est également valable pour tous les garçons de l’île. Chaque jour il y en a qui se coupent, qui tombent ou qui se font mal. »

Bob dut admettre la justesse de ce raisonnement, puis déclara :

« C’est encore Rice qui a démoli le bateau cette fois-ci. Et je ne vois pas qu’il puisse y avoir une relation quelconque entre la planche cassée et notre affaire.

— Moi non plus, du moins pour le moment, mais nous devons nous souvenir du moindre fait. Actuellement donc, le jeune Rice est celui qui présente le plus de points mystérieux. Voyons un peu les autres, Norman Hay, par exemple. Depuis que tu m’as mis au courant j’ai pensé à lui à deux ou trois reprises.

— Et pourquoi donc ?

— Je sais maintenant pourquoi tu tenais à avoir des renseignements sur les virus l’autre jour et j’ai pensé que Hay pouvait avoir les mêmes raisons de s’y intéresser. Tu te souviens que je lui avais prêté un livre sur cette question. J’admets très bien que ce soudain intérêt pour la biologie provienne d’une cause tout à fait naturelle, mais il peut fort bien avoir eu le même motif que toi. Qu’en dis-tu ?

— Cela se pourrait. Il passait beaucoup de temps sur les récifs à s’occuper de son aquarium et a pu vouloir se documenter sur ce qu’il croyait être une maladie de ses poissons. D’autre part il a accepté d’entrer avec moi dans l’eau alors qu’elle pouvait contenir des germes dangereux. »

Le médecin leva vers lui un regard interrogateur et Bob lui raconta en détail ce qui s’était passé ce jour-là.

« Bob, déclara le docteur, mes connaissances en médecine sont sûrement plus étendues que les tiennes, mais je suis persuadé que tu possèdes assez de données actuellement pour résoudre ce problème et qu’il est possible d’en connaître parfaitement les éléments. Ce point est capital, car il laisse présumer que Norman était en rapport constant avec le fugitif comme tu l’es avec le Chasseur. Ton criminel peut très bien lui avoir raconte une histoire extraordinaire pour gagner sa sympathie. »