— Il a dû trouver autre chose à faire en route. Je crois bien que je vais rentrer aussi si l’on ne va pas à l’aquarium. Tu viens, Bob ?

— J’ai encore quelque chose à faire, répondit-il, et je vais y aller tout de suite.

— Bon, alors à tout à l’heure. »

Hay se dirigea vers la colline et aperçut devant lui les vagues silhouettes des deux pugilistes qui n’avaient pas l’air pressés d’aller s’expliquer devant M. Rice. Bob, se demandant toujours si les autres ne soupçonnaient rien à son sujet, se dirigea vers la plage en direction de l’appontement. Il marchait lentement, car de nombreuses pensées se pressaient dans son esprit et le Chasseur ne le dérangea pas. Il devait sans doute avoir lui aussi des préoccupations personnelles. Parvenu à l’extrémité de l’appontement, Bob bifurqua vers la route, dépassa la maison de Teroa et, ayant tourné à droite, atteignit la demeure du docteur. Ses projets se trouvèrent brusquement dans une impasse lorsqu’il aperçut sur la porte la petite pancarte indiquant que le médecin était sorti sans que soit précisée l’heure de son retour.

Comme Bob le savait, la porte n’était jamais fermée. Après quelques instants d’hésitation, il l’ouvrit et pénétra dans le cabinet. Il avait le temps d’attendre et, d’autre part, le médecin ne restait jamais très longtemps absent. En outre, il découvrirait beaucoup de livres qu’il n’avait pas lus et dans lesquels il pourrait peut-être trouver des renseignements utiles. Il parcourut du regard les rayons de la bibliothèque, tirant quelques volumes aux titres prometteurs, et s’installa pour lire.

La plupart étaient des ouvrages techniques destinés à des professionnels où il trouva de nombreux termes médicaux qui lui parurent hermétiques. Bob était loin d’être ignare, mais il manquait simplement des connaissances nécessaires pour interpréter correctement ce qu’il lisait. Aussi son esprit s’éloigna-t-il souvent du sujet pour vagabonder en toute liberté.

Ses pensées se concentraient sur les événements de l’après-midi qu’il essayait de rattacher aux problèmes qui le préoccupaient tant. Il n’avait pas encore eu l’occasion de demander l’opinion du Chasseur sur les conclusions auxquelles il était arrivé la veille au soir et en particulier sur les soupçons que Bob et le docteur Seever avaient formulés au sujet de Hay et Rice. Il profita de cet instant de répit pour interroger le Chasseur.

« Je me suis abstenu de critiquer vos efforts, répliqua celui-ci, bien qu’à mon avis vous vous soyez trompés complètement. Vous aviez malgré tout de sérieuses raisons d’en arriver là. Je préfère ne pas vous donner mon opinion au sujet de Rice et Hay, ni même envers vos autres camarades, car si je commence à démolir vos hypothèses en partant du principe qu’elles ne concordent pas avec les miennes, mieux vaudrait pour moi décider de travailler tout seul. »

Le blâme était indirect, mais Bob comprit très bien que le Chasseur ne partageait pas leur avis. Il ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi, car il estimait que le docteur et lui-même avaient été parfaitement logiques dans leurs raisonnements. Cependant le Chasseur devait avoir plus de renseignements qu’eux-mêmes sur le criminel qu’ils recherchaient.

Où pouvaient-ils s’être trompés ? À proprement parler ils n’avait tiré aucune conclusion encore définitive. Connaissant les limites de leurs connaissances, ils s’étaient contentés de parler de probabilités. Si le Chasseur était d’un avis différent, il devait posséder quelques certitudes.