Rien n’avait été précisé avec le Chasseur sur la question de garder secrète sa présence, mais le jeune garçon estima que si cette histoire se répandait, en admettant même qu’on la crût réelle, leurs chances de succès pouvaient s’en trouver sérieusement diminuées. Aussi laissa-t-il le docteur lui faire un petit speech sur les microbes et il s’en alla dès qu’il le put.

Peu après le dîner il trouva enfin une occasion pour demander au Chasseur :

« Quelles sont vos intentions au sujet du retour dans l’île ou nous nous sommes rencontrés ? Normalement je ne dois y revenir qu’à la mi-juin, dans plus de six mois. Votre fugitif aurait donc largement le temps de se mettre à l’abri ou de disparaître. Avez-vous envie d’attendre qu’il se soit bien caché ou avez-vous songé à un prétexte qui nous permettrait d’y aller plus tôt ? »

Le Chasseur avait une réponse toute prête, qui devait le renseigner davantage sur la personnalité réelle de son hôte qu’il connaissait encore mal. Il répondit, toujours par le même procédé :

« Tous mes mouvements dépendent entièrement des vôtres, vous quitter serait perdre le fruit des efforts développés depuis plus de cinq mois. Évidemment, je connais votre langue, ce qui pourrait m’être d’un précieux secours, mais je suis persuadé que la recherche d’une nouvelle association avec un de vos semblables serait un travail de longue haleine. Vous êtes le seul être humain sur l’aide duquel je puisse compter. Il est exact qu’il vaut mieux que je retourne dans l’île le plus tôt possible. Je sais très bien que vous n’êtes pas libre de faire tout ce que vous voulez, mais si vous pouviez trouver un moyen de m’emmener là-bas ce serait certainement préférable. Vous pouvez juger mieux que moi de la réalisation de nos projets. Tout ce que je puis faire c’est vous renseigner sur les actes et la nature de celui que je poursuis. »

Bob ne répondit pas tout de suite. Plus il y songeait, plus il trouvait la situation passionnante. Évidemment, il serait obligé de manquer plusieurs mois de classe, mais on pouvait toujours s’arranger pour rattraper le temps perdu. Si le Chasseur avait dit vrai, la recherche du fugitif devait passer avant tout et Robert ne voyait pas pour quelles raisons son nouveau compagnon le tromperait.

Disparaître purement et simplement n’était même pas à envisager. Il fallait découvrir un prétexte valable afin de pouvoir quitter l’école.

Seule la maladie ou un accident lui permettraient de parvenir à ses fins.

Très ému par tous ces événements, il essaya de se distraire par une partie de ping-pong, mais le problème l’occupait à un point tel que le jeu se transforma très rapidement en une défaite lamentable. Il se fit battre à plate couture alors qu’il était considéré comme un très bon joueur de l’école.

Lorsqu’il retourna dans sa chambre, son camarade s’y trouvait déjà, ce qui excluait toute conversation jusqu’à l’extinction des feux. Et même après, Bob ne voulait pas courir le risque de voir son voisin de lit se réveiller en pleine nuit pour découvrir qu’il parlait tout seul. En outre, il ne pourrait pas voir très nettement les réponses du Chasseur dans le noir.