« Bob, avez-vous réfléchi à ce que nous allons faire pour attraper le fugitif que je poursuis ? Vous m’avez posé cette question il y a quelque temps et je n’ai jamais répondu.

— Oui ! Sur le moment cela m’a paru étonnant. Mais tout est si étrange avec vous, du moins pour moi. Il vous sera sans doute possible de découvrir votre petit copain par un moyen ou un autre. S’il est caché comme vous, vous ne pourrez certainement pas le voir. Avez-vous un moyen quelconque qui vous permette de le détecter ?

— Ne vendez pas la peau de l’ours », répondit le Chasseur qui ne se donna pas la peine d’expliquer le sens de sa phrase et qui précisa : « Je n’ai aucun appareil avec moi. N’oubliez pas que je suis seul sur votre planète. Que feriez-vous si vous étiez dans mon cas ? »

Bob réfléchit un long moment avant de dire :

« Si vous pouvez entrer dans un corps, je suppose que vous êtes à même de découvrir si l’un de vos semblables s’y trouve déjà. »

La phrase était plus affirmative qu’interrogative. Néanmoins, le Chasseur émit le signe bref que Bob avait appris à considérer comme un accord.

« Combien vous faudrait-il de temps pour vous en rendre compte ? continua Bob. Pourriez-vous passer dans la peau de quelqu’un d’autre assez rapidement, pendant que je lui serre la main, par exemple ?

— Non, il faut plusieurs minutes pour entrer dans un corps comme le vôtre, sans attirer l’attention. Les pores de votre peau sont larges, mais je suis quand même plus gros. Si vous lâchiez la main de l’autre personne avant que je ne vous aie complètement quitté, ma position serait des plus précaires. Je pourrais évidemment vous quitter la nuit et m’atteler à la tâche pendant que tout le monde dort. Ma vitesse est extrêmement limitée et je ne saurais que faire si j’entrais dans le corps où se trouve mon fugitif. Je serais sans doute obligé de le faire en dernier ressort mais avant de faire un essai sur quelqu’un, je voudrais être tout à fait sûr du terrain sur lequel je m’engage. Il faut que vous m’aidiez.

— Je ne connais rien à vos méthodes habituelles, répondit Bob lentement. Je ne vois pas le moyen de rester assez longtemps auprès de tous les gens qui habitent l’île. Nous pourrions cependant essayer de retrouver les traces de votre collègue en partant de l’endroit où il est arrivé sur la Terre. Puis nous tâcherions de localiser les personnes qui ont pu lui donner refuge. Qu’en pensez-vous ?

— Ce n’est pas une mauvaise idée. Nous pourrions reconstituer sa marche possible. Il y a peu de chance pour que nous trouvions des preuves apparentes de sa situation actuelle, néanmoins je crois pouvoir estimer sans grand risque d’erreur ce qu’il a pu faire dans telle ou telle situation. Dans ce cas il me faudra beaucoup de renseignements afin d’avoir une vue très nette de l’ensemble. Vous devrez me dire tout ce que vous voyez et moi, je vous ferai part de mes découvertes. Tout d’abord, nous devons trouver l’endroit où l’appareil du fugitif s’est écrasé. Voulez-vous me montrer sur la carte le lieu où vous étiez ce jour-là ? »