— Sur ce point vous en savez autant que moi. S’il a eu autant de chance que moi, quelques heures lui ont suffi. En revanche, s’il s’est trouvé dans des eaux très profondes avec encore moins d’oxygène que moi, il peut très bien avoir mis plusieurs jours ou même des semaines à se traîner sur le fond, car n’oubliez pas qu’il devait faire très attention, sachant que je n’étais pas loin. Personnellement je n’aurais jamais attaqué de requin, ni ne me serais hasardé à quitter le fond si je n’avais pas été absolument sûr d’être très près de la côte.
— Comment a-t-il pu savoir qu’il fallait prendre une direction donnée plutôt qu’une autre ? Peut-être est-il toujours en train de ramper sous l’eau ?
— C’est possible, mais avec la tempête qu’il faisait cette nuit-là, il a pu déterminer, aussi facilement que moi, la direction des brisants. Et si, d’autre part, le sol est aussi abrupt que vous le supposez il a pu trouver là une indication supplémentaire. Je ne crois pas que ce problème lui ait été difficile à résoudre. Étant donné que c’est un lâche – et cette réputation est bien établie – il est fort possible qu’il soit resté quelque temps dans l’épave de son engin.
— Donc avant de nous lancer dans d’autres recherches, il nous faudra explorer le récif sur un ou deux kilomètres de chaque côté de la plage, afin de voir s’il a laissé des traces. C’est bien ce que vous voulez dire ? Et en admettant qu’il ait réussi à gagner l’île, que croyez-vous qu’il ait fait ? Comme vous ?
— Vous avez raison quant aux recherches à effectuer, mais il est difficile de dire ce qu’il a pu faire en arrivant sur la plage. Sans aucun doute il a cherché à découvrir un hôte, mais toute la question est de savoir s’il a attendu que quelqu’un passe près de lui ou s’il est parti en exploration pour réaliser son projet. S’il a pris pied en un endroit d’où l’on aperçoit des constructions ou tout autre signe de vie, il s’est certainement dirigé vers ce point en partant du principe que tôt ou tard des créatures intelligentes finiraient par apparaître. Je suis à peu près sûr de ce que j’avance dans ce domaine et c’est pourquoi je tiens à connaître très exactement les lieux et les circonstances du drame afin de pouvoir deviner ses actes. »
Bob approuva d’un signe de tête et conserva le silence quelques instants avant de demander :
« Quelle sorte de traces espérez-vous découvrir sur la plage ? Et si par hasard vous ne trouvez rien, que ferons-nous ?
— Je ne sais pas. »
À quelle question le Chasseur avait-il répondu ? Bob aurait voulu le savoir, mais il décida d’attendre d’autres explications. Il était ennuyé de se rendre compte que les méthodes envisagées ne promettaient guère de bons résultats. Il réfléchit pendant quelques minutes et brusquement une idée lui vint.
« Chasseur, vous souvenez-vous que le jour de votre arrivée, vous n’avez pu vous approcher de moi qu’à l’instant où je m’étais couché sur le sable ? Il y a de fortes chances pour qu’il en ait été de même de votre fugitif. Vous m’avez dit vous-même que plusieurs minutes étaient nécessaires pour pénétrer dans le corps d’un homme et votre ennemi intime n’avait certainement aucune envie d’être découvert. On arrive donc à restreindre le champ des investigations en ne retenant comme suspects que les gens qui sont allés s’étendre tout près de l’eau au cours des derniers mois. Il n’y a aucune maison dans le voisinage immédiat de la mer. La plus proche est celle de Hay. Par ailleurs, peu de gens viennent pique-niquer dans ce coin-là, comme nous le faisions, mes camarades et moi. Qu’en pensez-vous ?