Après une brève discussion, la seconde proposition fut adoptée et tous les garçons retournèrent vers le bateau. En route, Norman sortit un énorme seau de derrière un buisson et déclara en riant :
« Je m’en servais de temps en temps pour remplir ma piscine quand le niveau était trop bas. On pourra toujours en faire quelque chose. »
Il jeta le seau dans le bateau et resta le dernier sur la plage pour pousser l’embarcation une fois tout le monde à bord.
Une heure durant, ils ramèrent le long des récifs, débarquant de temps à autre dans une petite île, se contentant le plus souvent de serrer de près les bancs de coraux tout en se maintenant à une certaine distance à l’aide de longues perches. Ils étaient déjà assez loin de leur point de départ et approchaient d’une île un peu plus grosse que les autres sur laquelle une demi-douzaine de cocotiers avaient poussé. Ils débarquèrent bientôt et mirent le bateau en sûreté sur le sol rugueux. Jusqu’alors leur butin n’avait guère été important. Malmstrom avait bien trouvé quelques fragments de coraux rouges et de jolis coquillages nacrés, mais c’était tout. Le Chasseur, de son côté, n’avait pas retiré grand profit de cette expédition, ce qui l’ennuyait sérieusement, car cette promenade dans les récifs avait été suggérée par lui dans l’espoir de découvrir des traces de son passage déjà lointain.
Le Chasseur déploya toutes ses possibilités pour se servir du mieux possible des yeux de Bob. Ils approchaient de la limite qu’ils avaient fixée au nord de la plage comme étant l’endroit au-delà duquel il y avait peu de chance de trouver une piste de leur fugitif. Selon toutes vraisemblances il ne pouvait guère avoir touché terre plus loin de ce côté-là. Les vagues déferlaient sur un des bords de la petite île alors que de l’autre, l’eau du lagon était relativement calme. À quelques centaines de mètres de là on apercevait l’immense masse de béton d’un réservoir. L’embarcation en approchait et l’on pouvait voir les minces silhouettes des ouvriers passant sur les passerelles qui longeaient le toit plat. Au-delà, à deux ou trois kilomètres, on découvrait vaguement quelques maisons.
Le Chasseur ne pouvait quand même pas considérer cela comme une piste probable et il reporta son attention sur les alentours immédiats. La petite bande de terre sur laquelle ils se trouvaient ressemblait à celle où Hay avait installé son aquarium. Les bords en étaient également déchiquetés, coupés de place en place par des murailles de coraux encore vivants sous lesquels l’eau gargouillait et disparaissait pour repaître un peu plus loin sous la poussée des vagues. Quelques-unes de ces ouvertures étaient très larges du côté de la mer, alors que vers le lagon, seul un orifice assez étroit laissait passer l’eau. Il fallait voir là l’explication du calme qui y régnait alors que le mouvement incessant des vagues s’exerçait sur l’autre face. Les garçons menaient leurs recherches dans la plupart de ces grandes ouvertures, sachant très bien qu’il n’y avait rien à trouver dans les eaux trop agitées.
Rice venait de sauter le premier à terre et courait vers l’un de ces passages pendant que ses camarades tiraient l’embarcation hors de l’eau. Il se précipita vers un des petits canaux et allongea la tête au ras de la surface. Puis mettant la main devant ses yeux il examina le fond à travers l’eau très claire. À l’instant où les autres le rejoignirent, il achevait déjà d’enlever sa chemise et lança vivement :
« C’est à moi d’essayer le premier. »
Les jeunes garçons se penchèrent à leur tour pour découvrir ce que Rice avait vu. Avant qu’aucun d’eux n’ait eu le temps de fixer son attention, Rice avait déjà plongé et il était à présent impossible de voir quoi que ce fût dans l’eau troublée. Il resta au fond quelques instants et demanda en réapparaissant à la surface qu’on lui donnât un des longs bouts de bois qui se trouvaient dans le bateau.
« Je n’arrive pas à le faire bouger, déclara-t-il, on croirait que c’est soudé au fond.