« En ce cas deux éventualités s’offrent à nous : en premier lieu vous pouvez être au courant de sa présence et coopérer volontairement avec lui en étant persuadé qu’il est dans son droit et représente la justice. Vous n’avez plus alors qu’à chercher un moyen pour vous débarrasser de moi. Je sais que le fugitif que vous abritez ne reculerait devant rien pour triompher de la créature qui le poursuit et de moi par contrecoup. Néanmoins vous vous refuserez certainement à me causer un dommage quelconque et vous allez vous trouver aux prises avec un problème peu facile à résoudre.
« Dans l’autre cas, docteur, le criminel que vous avez en vous sait maintenant où je me trouve. Il est, également au courant de vos occupations et s’aperçoit qu’à titre de médecin il vous sera plus facile qu’à n’importe qui de détecter sa présence dans votre corps. Je crains donc que vous ne courriez un grave danger car il ne reculera devant rien pour s’échapper, s’il juge une fuite nécessaire.
« Je ne peux vous suggérer aucune précaution, car vous les découvrirez vous-même. Toutefois, il est préférable que vous n’en parliez pas à haute voix.
« Je regrette beaucoup de vous avoir involontairement exposé à un tel risque, mais la profession de médecin en a toujours comporté. Si malgré tout vous refusez un examen immédiat, dites-le-nous tout simplement et nous le ferons à votre insu dès qu’une possibilité s’offrira à nous, mais il est fort possible que le criminel n’ayant plus la crainte d’être découvert quitte de lui-même votre corps sans vous faire le moindre mal. Que décidez-vous ? »
Le docteur Seever n’hésita pas un instant :
« Je suis prêt à affronter tous les risques. D’autre part je crois avoir la possibilité de m’examiner moi-même. Si j’en crois votre récit vous vivez dans le corps de Bob depuis six mois et si votre fugitif se trouve par hasard dans le mien, il doit y être depuis plusieurs semaines. Une telle durée est suffisante pour que des anticorps bien définis aient le temps d’apparaître. Je puis donc faire une analyse du sang de Bob, puis du mien et j’aurai aussitôt la réponse. Vos connaissances en médecine sont-elles assez étendues pour que vous compreniez ce que je veux dire ? »
Bob répondit lentement en lisant avec le plus grand soin les phrases que le Chasseur faisait défiler devant ses yeux.
« — Je comprends très bien ce que vous voulez faire, mais malheureusement votre projet ne peut rien donner. Si nous n’avions pas découvert depuis longtemps le moyen d’empêcher la formation d’anticorps correspondant à nos cellules, nous n’aurions jamais pu vivre nulle part.
— J’aurais dû y songer, répondit le docteur en fronçant les sourcils. Je suppose qu’il est inutile de vouloir découvrir un morceau du corps du criminel dans une goutte de sang ou un bout de peau. Mais, dites-moi, comment procédez-vous pour une telle identification ? Vous devez avoir des méthodes personnelles que je serais curieux de connaître. »
Bob exposa alors les nombreuses difficultés que rencontrait le Chasseur dans ce domaine. Puis il ajouta, toujours au nom du Chasseur : « Lorsque mes soupçons seront assez matérialisés, je procéderai en dernier ressort à une inspection personnelle. Si j’entre dans le corps où se trouve le fugitif, ce dernier ne pourra pas se soustraire à mes recherches.