Les garçons, à qui tous ces soucis étaient étrangers, se mirent en quête de matériaux nouveaux pour réparer leur bateau dès la sortie de la classe. Bob se joignit à eux, mais s’arrêta chez le docteur en déclarant qu’il souhaitait faire examiner sa jambe. Il raconta tout ce qui s’était passé la veille au soir et exposa son hypothèse. Le détective comprit alors pour la première fois que les pensées de son hôte avaient suivi une voie diamétralement opposée à la sienne. Il attira l’attention du jeune garçon et le mit au courant de ses propres conceptions en appuyant ses dires de toutes les preuves qu’il possédait.
«— Je suis navré de ne pas avoir compris plus tôt ce que vous pensiez. Je me rappelle pourtant vous avoir dit qu’à mon avis le chien n’avait pas été tué par le criminel que nous poursuivons, mais peut-être ai-je oublié de vous mentionner que le trou dans lequel vous êtes tombé était absolument naturel. J’aurais dû vous préciser que la branche qui vous est entrée dans la cheville se trouvait là depuis longtemps, sans doute depuis la chute de l’arbre. C’est pour cela que vous avez négligé les faits et gestes de Charles Teroa. »
— J’en ai l’impression, répliqua Bob qui fit un bref résumé au médecin de la déclaration du Chasseur.
— Le jeune Teroa ? demanda le docteur. Il doit venir me voir demain pour des piqûres. Avez-vous des raisons sérieuses de le suspecter ?
« — Au début, nous l’avions mis sur la liste des personnes suspectes pour la simple raison qu’il devait quitter l’île, répondit le Chasseur par la bouche de Bob. Nous voulions l’examiner avant son départ. Par la suite, nous avons appris qu’il avait dormi au moins une fois dans un bateau amarré aux récifs, ce qui aurait pu fournir une occasion exceptionnelle à notre fugitif de le choisir comme hôte. En outre, il était également là le jour où Bob est tombé dans le puits de l’appontement, mais cela ne le concerne pas directement. »
— Dans ce cas, répondit le docteur en souriant, nous nous trouvons en face d’une liste particulièrement longue des personnes suspectes au premier degré et tout de suite après nous pourrons ranger toute la population de l’île dans les possibles. Dites-moi, Bob, ne s’est-il rien passé hier soir qui pût donner une indication quelconque au sujet de l’un de vos amis ?
— Un simple fait, répondit le jeune garçon. Lorsque Malmstrom a retiré le crâne de Tip d’un buisson très épais, il s’est fait de sérieuses écorchures qui ont saigné abondamment : je pense donc que nous n’avons plus à nous inquiéter à son sujet. »
Seever fronça légèrement les sourcils, puis adressa une question directement au Chasseur :
« Pouvez-vous me dire si ce criminel que vous poursuivez possède une conscience lui permettant, par exemple, de laisser saigner une blessure dans l’unique intention de faire croire aux autres, comme Bob vient de le faire, qu’il n’est pas dans tel ou tel garçon ?
« — Son intelligence est très limitée, répliqua le Chasseur. De plus la cicatrisation des blessures légères est devenue une telle habitude chez nous, qu’il y a de fortes chances pour qu’il l’ait faite sans même y penser. Malgré tout, s’il possédait de sérieuses raisons de croire que l’on soupçonnait son hôte, il n’hésiterait pas à demeurer absolument passif, sans s’inquiéter de la gravité de la blessure. La conclusion de Bob ne repose sur aucune preuve sérieuse, néanmoins nous pourrons admettre qu’elle est valable en faveur de Malmstrom. »