En janvier, l’enfant tomba malade. La nourrice déclara :

— Ce sont les dents.

Il ne cessait de crier faiblement, sur un ton angoissant, pénétrant et si plaintif qu’on avait envie de s’enfuir à l’entendre. Et le père et la mère passèrent la soirée, la nuit jusqu’à l’aube, penchés sur lui, blêmes, crispés, échangeant d’une voix sourde des mots techniques, nommant l’une après l’autre les affections infantiles. Les domestiques coururent chez le pharmacien. On fit vomir l’enfant, on le baigna. La nourrice dit :

— Oh ! voici cinq ou six jours qu’il ne tétait plus beaucoup.

— Malheureuse ! s’écria Thérèse, vous ne m’aviez pas prévenue !

— Déranger Madame pour si peu, je n’ai pas osé… surtout que Madame n’a pas grand temps à elle !

Il était raidi, allongé sur les genoux de sa mère qui soutenait la petite tête dans le creux de sa main. Il avait les paupières béantes ; ses yeux roulaient doucement comme des globes de nacre ; il se plaignait toujours. Thérèse, toute contractée, défigurée par la douleur, le regardait. Guéméné debout, haletait ; des larmes coulaient le long de ses joues, se perdaient dans sa barbe. A cinq heures du matin, il murmura :

— Je ne sais plus rien ; je ne suis plus capable d’avoir une idée.

Sa femme conseilla :