— Ah ! cela, ma petite, ne put retenir madame Lancelevée, c’est indigne de vous !… Je n’aurais pas cru, non, non, je n’aurais pas cru…
L’étrange femme, comme si elle eût été intéressée personnellement dans la défection de Thérèse, avait blêmi de colère. Mais Artout, le regard fixé curieusement sur son élève, très intrigué par ce qu’il venait d’entendre, un peu interloqué tout d’abord, conclut en disant :
— Si madame Guéméné en décide ainsi, c’est qu’elle a raison. J’ai trop de confiance en elle pour blâmer jamais ses déterminations !… Pénètre-t-on jamais les secrets d’un jeune ménage ? Comme médecin, je déplore la perte de ma jeune confrère ; mais, comme ami, j’applaudis au parti qu’elle a jugé le meilleur.
— Ah ! Madame est le docteur Guéméné ? dit farouchement Marie Boisselière.
Elle s’avança, le lorgnon sur ses yeux de myope et toisant Thérèse, avec son air indélébile de vieille maîtresse d’école, elle ajouta :
— Je regrette de faire connaissance avec Madame dans une telle circonstance…
Elle en aurait dit plus ; mais Boussard, qui n’avait pas encore parlé, vint à la jeune femme, lui serra la main.
— Moi, je vous félicite, dit-il seulement, de sa voix lente et sans timbre, mais avec une inflexion si pénétrante que Thérèse en fut toute remuée.
A ce moment, madame Lancelevée, tournant le dos d’une façon presque impertinente, prit à part son amie Boisselière, avec laquelle, ostensiblement, elle se mit à parler médecine.
— Je vais porter la nouvelle à ta mère, disait Herlinge un peu tristement. Elle sera très surprise, très surprise…