PRINCESSES DE SCIENCE

PREMIÈRE PARTIE

I

Le docteur Fernand Guéméné, s’étant levé selon son habitude à sept heures, passa sous la douche avec sa ponctualité coutumière, s’habilla, sonna pour le thé qu’on lui monta dans sa chambre, et se mit à déjeuner près de la fenêtre ouverte.

Il habitait, à la pointe de l’île Saint-Louis, un minuscule hôtel où il venait de s’établir comme médecin de quartier. Par les hautes fenêtres du XVIIIe siècle qui s’étageaient deux par deux dans l’étroite façade, il voyait, presque au pied de la maison, couler la Seine sous le rideau touffu des peupliers d’Italie, frissonnants et somptueux, qui bordaient la rive.

A chaque minute, un sourd clapotis d’eau battue signalait l’arrêt d’un bateau-mouche au ponton, sous ses fenêtres. Le jeune médecin, distrait, n’entendait rien. Sa main qui soutenait le petit pain tremblait un peu. Bientôt il repoussa le plateau avec sa tasse à demi pleine, prit son chapeau et gagna la porte.

Avant de quitter sa chambre à coucher, il se retourna, embrassa des yeux le mobilier rudimentaire et pensa :

« Si elle veut bien, je chercherai tout de suite d’autres meubles. Avec des lits clos j’ai vu faire, en Bretagne, des armoires charmantes : j’en commanderai une à Quimper… elle y rangerait son linge avec plaisir… Une table à ouvrage… oui, mais sait-elle coudre ? »

Puis, ses yeux s’arrêtant au lit :

« Oh ! le lit, des plus simples, en cuivre. »