— Alors il veut que je sois sa femme ?

— Il mérite vraiment que vous lui donniez un peu de bonheur, mademoiselle Skaroff. J’estime beaucoup Pautel ; c’est l’homme le plus dévoué que je connaisse ; il est bon, très bon.

Le buste de Dina se souleva lentement ; malgré son effort pour les maîtriser, deux larmes perlèrent à ses cils, et un éclair de tendresse héroïque, presque sauvage, jaillit de ses prunelles profondes.

— Oui, il est bon !… murmura-t-elle ardemment.

L’amour, si longtemps repoussé, entrait en elle victorieusement, l’envahissait, la transfigurait en une minute. La faible antilope traquée, qui redoutait le chasseur, reconnaissait enfin le pasteur bienfaisant ; elle trouvait le gîte sûr, la protection et les caresses.

— Oh ! je suis heureuse ! fit-elle, sans plus de phrases. J’étais si lasse d’être seule !

Elle ne gouvernait plus son émotion et s’en excusa près de ses hôtes. Fernand et Thérèse, attendris, gardaient le silence. La simplicité de cette pauvre fille les touchait religieusement ; c’était une joie de lui voir ce naïf bonheur d’être aimée, succédant à la détresse cachée de toute sa jeunesse.

Thérèse se pencha vers elle :

— Nous vous aimons bien, ma petite amie, votre bonheur nous rend heureux. (Et elle lui prit la main.) Vous serez donc la femme de Pautel… Mais cet excellent camarade, qui a des idées toutes particulières sur le mariage, vous demande un sacrifice que vous ne ferez certainement pas.

— Ma religion, peut-être ? demanda Dina.