— Nous sommes des êtres de famille, dit Guéméné rêveusement. C’est un instinct puissant que notre désir d’une descendance. On veut se continuer dans la vie, malgré la mort, créer des sujets d’affections nouvelles. Le cœur a, comme la chair, ses besoins inéluctables.

— Avec quatre diables comme ceux des Adeline, fit en riant la jeune Russe, une femme doit avoir ses désirs de tendresse largement comblés, et cette bonne doctoresse, j’en suis sûre, se passerait volontiers d’exercer la médecine.

— C’est extraordinaire, Dina, comme vous en parlez légèrement de cette médecine pour laquelle je vous croyais tant de ferveur ! dit Thérèse. Je vous ai vue, ce matin, en pleine passion de travail ; une heure passe, et vous en voici détachée.

Dina réfléchissait tout haut :

— J’aimais mon métier ; c’était bien juste : je ne pouvais avoir foi qu’en lui. Il était ma sauvegarde. Il devait me nourrir. Je m’étais donnée à lui. C’était mon mari, à moi : comprenez-vous ? Mais, quand je trouve ce qu’une femme désire toujours le plus, l’amour, ah ! je serais folle de me montrer récalcitrante. Ne trouvez-vous pas ?…

On sonna en bas, à la porte d’entrée. Guéméné regarda sa montre.

— Une heure, dit-il ; la consultation ! Tant pis, les clients attendront. Aujourd’hui, je déjeune au dessert.

Mais, au bout d’un instant, Léon entra :

— C’est monsieur le docteur Pautel qui voudrait parler à Monsieur.

Thérèse et son mari sourirent. Le docteur dit :