"Belle…" se disait Léa en montant au boudoir. Non. Plus maintenant. A présent il me faut le blanc du linge près du visage, le rose très pâle pour les dessous et les déshabillés. Belle…. Peuh… je n'en ai plus guère besoin…."

Pourtant, elle ne s'accorda point de sieste dans le boudoir aux soies peintes, après le café et les journaux. Et ce fut avec un visage de bataille qu'elle commanda à son chauffeur :

"Chez Madame Peloux."

* * * * *

Les allées du Bois, sèches sous leur verdure neuve de juin que le vent fane, la grille de l'octroi, Neuilly, le boulevard d'Inkermann…. "Combien de fois l'ai-je fait, ce trajet-là?" se demanda Léa. Elle compta, puis se lassa de compter, et épia, en retenant ses pas sur le gravier de Mme Peloux, les bruits qui venaient de la maison.

"Ils sont dans le hall", dit-elle.

Elle avait remis de la poudre avant d'arriver et tendu sur son menton la voilette bleue, un grillage fin comme un brouillard. Et elle répondit au valet qui l'invitait à traverser la maison :

"Non, j'aime mieux faire le tour par le jardin."

Un vrai jardin, presque un parc, isolait, toute blanche, une vaste villa de grande banlieue parisienne. La villa de Mme Peloux s'appelait "une propriété à la campagne" dans le temps où Neuilly était encore aux environs de Paris. Les écuries, devenues garages, les communs avec leurs chenils et leurs buanderies en témoignaient, et aussi les dimensions de la salle de billard, du vestibule, de la salle à manger.

"Madame Peloux en a là pour de l'argent", redisaient dévotement les vieilles parasites qui venaient, en échange d'un dîner et d'un verre de fine, tenir en face d'elle les cartes du bésigue et du poker. Et elles ajoutaient : "Mais où Madame Peloux n'a-t-elle pas d'argent? "