Elle battit l'air de ses petits bras et la jeune fille la regarda avec une frayeur ingénue.

"C'est bien une fille pour Marie-Laure, songeait Léa très attentive. Elle a, en discret, tout ce que sa mère a d'éclatant. Des cheveux mousseux, cendrés, comme poudrés, des yeux inquiets qui se cachent, une bouche qui se retient de parler, de sourire…. Tout à fait ce qu'il fallait à Marie-Laure, qui doit la haïr quand même…."

Mme Peloux interposa entre Léa et la jeune fille un sourire maternel :

"Ce qu'ils ont déjà camaradé dans le jardin, ces deux enfants-là!"

Elle désignait Chéri, debout devant la paroi vitrée et fumant. Il tenait son fume-cigarette entre les dents et rejetait la tête en arrière pour éviter la fumée. Les trois femmes regardèrent le jeune homme qui, le front renversé, les cils mi-clos, les pieds joints et immobiles, semblait pourtant une figure ailée, planante et dormante dans l'air…. Léa ne se trompa point à l'expression effarée, vaincue, des yeux de la jeune fille. Elle se donna le plaisir de la faire tressaillir en lui touchant le bras. Edmée frémit tout entière, retira son bras et dit farouchement tout bas :

"Quoi?…

—Rien, répondit Léa. C'est mon gant qui était tombé.

—Allons, Edmée?" ordonna Marie-Laure avec nonchalance.

La jeune fille, muette et docile, marcha vers Mme Peloux qui battit des ailerons :

"Déjà? Mais non! On va se revoir! on va se revoir!