—On le sait, dit-il âprement. Et je m'en fous! Ça, oui, je m'en fous bien, de ne pas avoir été ton premier amant! Ce que j'aurais voulu, ou plutôt ce qui aurait été… convenable… propre… c'est que je sois le dernier."

Il fit tomber, d'un tour d'épaules, les bras superbes.

"Au fond, ce que j'en dis, n'est-ce pas, c'est pour toi.

—Je comprends parfaitement. Toi, tu t'occupes de moi, moi je m'occupe de ta fiancée, tout ça, c'est très bien, très naturel. On voit que ça se passe entre grands coeurs."

Elle se leva, attendant qu'il répondît quelque goujaterie, mais il se tut et elle souffrit de voir pour la première fois, sur le visage de Chéri, une sorte de découragement.

Elle se pencha, mit ses mains sous les aisselles de Chéri :

"Allons, viens, habille-toi. Je n'ai que ma robe à mettre, je suis prête en dessous, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse par un temps pareil, sinon aller chez Schwabe te choisir une perle? Il faut bien que je te fasse un cadeau de noces."

Il bondit, avec un visage étincelant :

"Chouette! Oh, chic, une perle pour la chemise! une un peu rosée, je sais laquelle!

—Jamais de la vie, une blanche, quelque chose de mâle, voyons! Moi aussi, je sais laquelle. Encore la ruine! Ce que je vais en faire, des économies, sans toi!"