—Il me semble!"

Chéri leva son verre empli d'un vin de Château-Chalon, coloré comme de l'eau-de-vie :

"Vive Marie-Laure! Quel compliment, hein! Et qu'on m'en dise autant quand j'aurai ton âge, je n'en demande pas plus!

—Si ça suffit à ton bonheur…."

Elle l'écouta distraitement jusqu'à la fin du déjeuner. Habitué aux demi- silences de sa sage amie, il se contenta des apostrophes maternelles et quotidiennes : "Prends le pain le plus cuit…. Ne mange pas tant de mie fraîche…. Tu n'as jamais su choisir un fruit…" tandis que, maussade en secret, elle se gourmandait : "Il faudrait pourtant que je sache ce que je veux! qu'est-ce que j'aurais voulu? Qu'il se dresse en pied : "Madame, vous m'insultez! Madame, je ne suis pas ce que vous croyez!" Au fond, je suis responsable. Je l'ai élevé à la coque, je l'ai gavé de tout…. A qui l'idée serait-elle venue qu'il aurait un jour l'envie de jouer au père de famille? Elle ne m'est pas venue, à moi! En admettant qu'elle me soit venue, comme dit Patron : "le sang, c'est le sang!" Même s'il avait accepté les propositions de Gladys, il n'aurait fait qu'un tour, le sang de Patron, si on avait parlé de marée à portée de ses oreilles. Mais Chéri, il a du sang de Chéri, lui. Il a…."

"Qu'est-ce que tu disais, petit? s'interrompit-elle, je n'écoutais pas.

—Je disais que jamais, tu m'entends, jamais rien ne m'aura fait rigoler comme mon histoire avec Marie-Laure!"

"Voilà, acheva Léa en elle-même, lui, ça le fait rigoler."

Elle se leva d'un mouvement las. Chéri passa un bras sous sa taille, mais elle l'écarta.

"C'est quel jour, ton mariage, déjà?