Il s'agita un peu sur son divan, fuma, se versa une tasse de café tiède.

«Huit jours. Il ne faudrait tout de même pas trop m'en demander. Dans huit jours... quelle histoire me racontera-t-elle? Je sais par cœur celle des Drags, celle de l'engueulade à Longchamp, celle de la rupture,—et quand je les aurai toutes entendues, tellement et tellement, qu'est-ce qui viendra après?... Plus rien. Dans huit jours, cette vieille que j'attends déjà comme si elle devait me faire une piqûre, cette vieille sera là, et... et elle ne m'apportera rien.»

Il tourna vers le portrait préféré un mendiant regard. Déjà la ressemblante image ne lui inspirait plus qu'une rancune, une extase, une palpitation diminuées. Il se tournait de côté et d'autre sur le sommier de moquette, et il imitait, malgré lui, les contractions musculaires de l'homme qui veut sauter de haut et n'ose.

Il s'excita à gémir tout haut et à répéter: «Nounoune... Ma Nounoune...» pour se faire croire qu'il était exalté. Mais il se tut, honteux, car il savait bien qu'il n'avait pas besoin d'exaltation pour prendre le petit revolver plat sur la table. Sans se lever, il chercha une attitude favorable, finit par s'étendre sur son bras droit replié qui tenait l'arme, colla son oreille sur le canon enfoncé dans les coussins. Son bras commença tout de suite de s'engourdir et il sut que s'il ne se hâtait pas ses doigts fourmillants lui refuseraient l'obéissance. Il se hâta donc, poussa quelques plaintes étouffées de geindre à l'ouvrage, parce que son avant-bras droit, écrasé sous son corps, le gênait, et il ne connut plus rien de la vie au delà d'un effort de l'index sur une petite saillie d'acier fileté.

FIN