—Je veux bien. Allons!
Du seuil, il appela un taxi.
—Mais tu n'as donc jamais ton auto? Pourquoi n'as-tu pas ton auto? C'est tout de même extraordinaire que les personnes qui ont une auto n'ont jamais leur auto?
Elle rassemblait sa jupe noire fanée, pinçait le cordonnet de son face-à-main dans le fermoir de son sac, laissait tomber un gant, et subissait avec un sans-gêne nègre les regards des passants. À côté d'elle, Chéri reçut des sourires insultants et l'admiration condoléante d'une jeune femme qui s'écria: «Que de bien de perdu, Seigneur!»
Patient, assoupi, il subit le bavardage de la vieille femme dans la voiture. Elle lui contait d'ailleurs de douces histoires, celle du petit chien de neuf cents grammes qui avait immobilisé le retour des courses de 1897, celle de la mère La Berche enlevant une jeune épousée, le jour du mariage, en 1893...
—C'est là. Ouvre-moi la portière qui est dure, Chéri. Je te préviens que le vestibule n'est pas clair, ni d'ailleurs, comme tu vois, l'entrée de la maison... Mais un rez-de-chaussée, n'est-ce pas... Reste là une seconde...
Debout dans l'obscurité, il attendait. Il écoutait un bruit de trousseau de clefs, une soufflerie de la créature âgée et poussive, sa voix de servante affairée.
—J'allume... Tu vas d'ailleurs te trouver dans un pays de connaissance. Bien entendu, j'ai l'électricité... Je te présente mon petit salon, qui est en même temps mon grand salon.
Il entra, loua sans la voir, par gentillesse, une pièce basse aux murs vaguement grenat, boucanée par la fumée d'innombrables cigares et cigarettes. D'instinct, il chercha la fenêtre aveuglée de volets et de rideaux...
—Tu n'y vois pas? Tu n'es pas un vieil oiseau de nuit comme ta Copine... Attends, j'allume le plafond.