—J'ai un rendez-vous. Mais je reviens... demain. Probablement demain, avant le dîner.
—Bon. Alors, je peux marcher?
—Marcher?
—Pour l'appartement?
—Oui. C'est ça. Vois venir. Et merci.
«Ma parole, je me demande dans quel temps on vit... Les jeunes, les vieux, c'est à qui sera le plus dégoûtant... Deux «tours» avant moi... Et des débuts, dit cette vieille araignée, des débuts éblouissants!... Tout ça au grand jour, non, vraiment, quel monde...»
Il s'aperçut qu'il menait un train d'entraînement pédestre, et qu'il s'essoufflait. Aussi bien l'orage, lointain et qui n'éclaterait pas sur Paris, arrêtait la brise derrière une muraille violette, droite contre le ciel. Sur les fortifications, au long du Boulevard Berthier, une foule clairsemée de Parisiens en espadrilles, d'enfant demi-nus en jerseys rouges, semblait attendre, sous les arbres dénudés par l'été, qu'une marée montante accourût de Levallois-Perret. Chéri s'assit sur un banc, sans prendre garde que ses forces, mystérieusement délabrées depuis qu'il les dispersait en veilles, depuis qu'il négligeait d'assouplir et d'alimenter son corps, devenaient promptes à le trahir.
«Deux tours vraiment deux tours avant moi. Et après moi, combien? Et en les additionnant tous, moi compris, combien de tours?»
Il revoyait, aux côtés d'une Léa de bleu vêtue, de mouettes coiffée, un Spéléïeff haut et large, tout riant. Petit garçon, il se souvenait d'une Léa triste, rouge d'avoir pleuré, et qui lui caressait les cheveux en l'appelant «sale graine d'homme»...
L'amant de Léa... Le nouveau béguin de Léa... Mots traditionnels et sans portée, usuels comme les prédictions météorologiques, comme la cote d'Auteuil, comme les vols domestiques. «Tu viens, gosse?» disait Spéléïeff à Chéri. «On va prendre un porto à Armenonville en attendant que Léa rejoigne, je ne peux pas la tirer du pieu, ce matin»...