Les yeux gris, derrière les lunettes, allaient du lyciet tondu à la chenille, de la chenille à moi, perplexes:
— Eh, qu'est-ce que j'y peux faire? D'ailleurs, le lyciet qu'elle mange, tu sais, c'est lui qui étouffe le chèvrefeuille…
— Mais la chenille mangera aussi le chèvrefeuille…
— Je ne sais pas… Mais que veux-tu que j'y fasse? Je ne peux pourtant pas la tuer, cette bête…
Tout est encore devant mes yeux, le jardin aux murs chauds, les dernières cerises sombres pendues à l'arbre, le ciel palmé de longues nuées roses — tout est sous mes doigts: révolte vigoureuse de la chenille, cuir épais et mouillé des feuilles d'hortensia — et la petite main durcie de ma mère. Le vent, si je le souhaite, froisse le raide papier du faux-bambou et chante, en mille ruisseaux d'air divisés par les peignes de l'if, pour accompagner dignement la voix qui a dit ce jour-là, et tous les autres jours jusqu'au silence de la fin, des paroles qui se ressemblaient:
— Il faut soigner cet enfant…Ne peut-on sauver cette femme? Est-ce que ces gens ont à manger chez eux? Je ne peux pourtant pas tuer cette bête…
ÉPITAPHES
— Qu'est-ce qu'il était, quand il était vivant, Astoniphronque
Bonscop?
Mon frère renversa la tête, noua ses mains autour de son genou, et cligna des yeux pour détailler, dans un lointain inaccessible à la grossière vue humaine, les traits oubliés d'Astoniphronque Bonscop.
— Il était tambour de ville. Mais, dans sa maison, il rempaillait les chaises. C'était un gros type… peuh… pas bien intéressant. Il buvait et il battait sa femme.