— Elle mettra d'autres robes avec beaucoup de petites ruches?
— Elle s'occupera de notre maison, elle recevra… Tu te moques de moi? Tu sais très bien comment on vit quand on est marié.
— Non, pas très bien. Mais je sais comment nous vivons depuis un mois et demi.
— Qui donc, «nous»?
— Vous, mon frère et moi. Vous êtes bien, ici? Étiez-vous heureux? Vous nous aimez?
Il leva ses yeux noirs vers le toit d'ardoises brodé de jaune, vers la glycine en sa seconde floraison, les arrêta un moment sur moi et répondit comme à lui-même:
— Mais oui…
— Après, quand vous serez marié, vous ne pourrez plus, sans doute, revenir ici, passer les vacances? Vous ne pourrez plus jamais vous promener à côté de mon frère, en tenant mes deux nattes par le bout, comme des rênes?
Je tremblais de tout mon corps, mais je ne le quittais pas des yeux. Quelque chose changea dans son visage. Il regarda tout autour de lui, puis il parut mesurer, de la tête aux pieds, la fillette qui s'appuyait à un arbre et qui levait la tête en lui parlant, parce qu'elle n'avait pas encore assez grandi. Je me souviens qu'il ébaucha une sorte de sourire contraint, puis il haussa les épaules, répondit assez sottement:
— Dame, non, ça va de soi…