— N'en parle pas.
— Oh! toi… C'est ta morale qui est «bien simple». Les choses ennuyeuses, on n'en parle pas, et alors elles cessent d'exister, hein?
— Je ne dirais pas mieux.
— Plaisanter n'est pas répondre. Je ne peux pas m'habituer aux questions qu'on pose à cette enfant.
—!!!
— Quand tu lèveras les bras au ciel! Révéler, avouer, et encore avouer, et exhiber tout ce qu'on fait de mal!… Le taire, s'en punir au fond de soi, voilà qui est mieux. Voilà ce qu'on devrait enseigner. Mais la confession rend l'enfant enclin à un flux de paroles, à un épluchage intime, où il entre bientôt plus de plaisir vaniteux que d'humilité… Je t'assure! Je suis très mécontente. Et je m'en vais de ce pas en parler au curé!
Elle jetait sur ses épaules sa «visite» en cachemire noir brodée de jais, coiffait sa petite capote à grappes de lilas foncés, et s'en allait, de ce pas en effet, ce pas inimitable et dansant — la pointe du pied en dehors, le talon effleurant à peine la terre — sonner à la porte de M. le curé Millot, à cent mètres de là. J'entendais, de chez nous, la sonnette triste et cristalline, et j'imaginais, troublée, un entretien dramatique, des menaces, des invectives, entre ma mère et le curé-doyen… Au claquement de la porte d'entrée, mon coeur romanesque d'enfant répondait par un bond pénible. Ma mère reparaissait rayonnante, et mon père abaissait devant son visage, barbu comme un paysage forestier, le journal le Temps:
— Eh bien?
— Ça y est! s'écriait ma mère. Je l'ai!
— Le Curé?