— Rien! aucune armoire!
— Maman! Je vais me fâcher!
— Puisque je dis: «J'ai laissé l'armoire tranquille», fais-en autant pour moi. Elle n'a pas bougé de sa place, l'armoire, n'est-ce pas? Fichez-moi tous la paix, donc!
L'armoire… un édifice de vieux noyer, presque aussi large que haut, sans autre ciselure que la trace toute ronde d'une balle prussienne, entrée par le battant de droite et sortie par le panneau du fond… Hum!…
— Tu voudrais qu'on la mît ailleurs que sur le palier, maman?
Elle eut un regard de jeune chatte, faux et brillant dans sa figure ridée:
— Moi? je la trouve bien là: qu'elle y reste!
Nous convînmes quand même, mon frère, le médecin, et moi, qu'il fallait se méfier. Il voyait ma mère, chaque jour, puisqu'elle l'avait suivi et habitait le même village, il la soignait avec une passion dissimulée. Elle luttait contre tous ces maux avec une élasticité surprenante, les oubliait, les déjouait, remportait sur eux des victoires passagères et éclatantes, rappelait à elle, pour des jours entiers, ses forces évanouies, et le bruit de ses combats, quand je passais quelques jours chez elle, s'entendait dans toute la petite maison, où je songeais alors au fox réduisant le rat…
À cinq heures du matin, en face de ma chambre, le son de cloche du seau plein posé sur l'évier de la cuisine m'éveillait…
— Que fais-tu avec le seau, maman? Tu ne peux pas attendre que
Joséphine arrive?