«Encore quelques jours, se répéta-t-il. Et nous serons séparés. Que faire?»

Il ne songea même pas que la fin des vacances, l'an dernier, avait fait de lui un jeune garçon malheureux, puis calmé par le retour à Paris et l'externat, et résigné à des consolations dominicales. L'année dernière, Philippe avait quinze ans; chaque anniversaire relègue, dans un passé trouble et misérable, tout ce qui n'est pas Vinca et lui. L'aime-t-il donc à ce point? Il s'interrogea, ne trouva pas d'autre mot que le mot amour, et rejeta rageusement ses cheveux hors de son front.

«Ce n'est peut-être pas que je l'aime tant que ça, mais elle est à moi! Voilà!»

Il se retourna vers la maison et cria dans le vent:

—Vinca! Viens! Il ne pleut plus!

Elle ouvrit la porte et se tint sur le seuil comme une malade, en haussant une épaule contre son oreille d'un air craintif.

—Viens, voyons! La mer redescend, elle va remporter la pluie!

Elle banda ses cheveux d'un foulard blanc noué sur la nuque et ressembla à une blessée.

—Viens jusqu'au Nez, au moins, c'est sec sous le rocher.

Elle le suivit sans mot dire, dans le sentier de la douane en corniche à flanc de falaise. Ils foulaient l'origan poivré et les derniers parfums du mélilot. Au-dessous d'eux, la mer claquait en drapeaux déchirés et léchait onctueusement les rocs. Sa force repoussait vers le haut de la falaise des bouffées tièdes, qui portaient l'odeur de la moule et l'arôme terrestre des petites brèches où le vent et l'oiseau sèment, en volant, des graines.