—Penses-tu! Je me suis promené. Il y a Lequérec qui a pris une pieuvre... Tiens, tu vois ma canne? voilà la longueur de ses bras. C'est remarquable. Lisette en pousserait des cris! Faites attention, tout de même, en vous baignant.
—Oh! tu sais, papa, ce n'est pas dangereux!...
Philippe se rendit compte qu'il avait protesté sur un ton trop haut, et faux, de gaminerie. Les yeux gris, saillants, de son père, interrogèrent les siens; il supporta mal un regard qui lui parut net, dévoilé, nettoyé de la buée isolante et protectrice derrière laquelle vivent, au milieu de leurs parents, les fils plein de secrets.
—Ça t'ennuie, p'tit gars, ce départ?
—Ce départ?... mais, papa...
—Oui. Si tu es comme moi, ca t'ennuiera un peu plus tous les ans. Le pays, la maison. Et puis les Ferret... Tu verras comme c'est rare, des amis avec qui on passe l'été tous les ans, sans se faire de mal... Jouis de ton reste, p'tit gars. Encore deux jours de bon temps. Il y en a de plus malheureux que toi...
Mais déjà il rentrait, parlant encore, parmi les ombres, d'où un mot ambigu, un regard, l'avaient extrait. Philippe lui prêta son bras pour franchir la pente effritée, en lui témoignant cette froide prévenance pitoyable, qui tombe de haut, de l'enfant sur le père, chaque fois que le père est un homme tranquille et mûr, et le fils un adolescent tumultueux qui vient d'inventer l'amour, les tourments de la chair et la fierté d'être seul, au milieu du monde, à souffrir sans demander de secours.
Au niveau de la terrasse plane, étroite, sur laquelle reposait la villa, Philippe abandonna le bras de son père, voulut redescendre vers la plage, rejoindre sa place marquée, depuis moins d'une heure, dans un coin précis de la solitude humaine.
—Où donc vas-tu, p'tit gars?
—Là, papa... en bas...