—Cinq juin 1916.... J'étais ... où donc, le cinq juin?... Par là-bas, du côté d'Arras.... Cinq juin.... Je ne connais pas l'écriture.
Il se rassit et fut repris d'un sommeil qui chassait toute pensée. Dix heures sonnèrent; il eut encore le temps de sourire au son grave et étoffé de la petite pendule qui avait, disait Jeannine, la voix plus grande que le ventre.... Dix heures sonnèrent et la chienne se leva. —Chut! fit le sergent assoupi. Couchez!
Mais Vorace ne se recoucha pas, s'ébroua, étira ses pattes, ce qui équivaut, pour un chien, à mettre son chapeau pour sortir. Elle s'approcha de son maître et ses yeux jaunes questionnèrent clairement:
—Eh bien?
—Eh bien, répondit-il, qu'est-ce que tu as?
Elle baissa les oreilles pendant qu'il parlait par déférence, et les releva aussitôt.
—Oh! soupira le sergent, que tu es ennuyeuse! Tu as soif? Tu veux sortir?
Au mot «sortir», Vorace rit et se mit à haleter doucement, montrant ses belles dents et le pétale charnu de sa langue.
—Allons, viens, on va sortir. Mais pas longtemps. Je meurs de sommeil, moi, tu sais!
Dans la rue, Vorace enivrée aboya d'une voix de loup, sauta jusqu'à la nuque de son maître, chargea un chat, joua en rond «au chemin de fer de ceinture». Son maître la grondait tendrement, et elle paradait pour lui. Enfin, elle reprit son sérieux et marcha posément. Le sergent goûtait la nuit tiède et allait au gré de la chienne, en chantonnant deux ou trois pensées paresseuses: