Minne s’amuse, rit, détendue: «Ce n’est pas le petit Couderc qui m’aurait amusée ainsi, qui aurait su me faire oublier pourquoi je viens ici... Il faut pourtant finir par là!...»

Et—puisqu’elle vient pour ça, n’est-ce pas?—elle continue, méthodique, déboucle la ceinture de peau souple, laisse glisser à ses pieds la jupe, puis le jupon de liberty blanc... Et voici qu’avant que Maugis, abasourdi, ait eu le temps d’en exprimer le désir, Minne se dresse, désinvolte, en pantalon. Pantalon étroit qui méprise la mode, étreint la cuisse élégante, dégage le genou parfait...

—Bon Dieu? soupire Maugis cramoisi, c’est pour moi, tout ça?

Elle répond d’une moue gamine, et attend, assise sur le divan, sans que la brièveté de son costume lui suggère de l’embarras, ni des gestes immodestes. La lumière jaune moire la ligne tombante de ses épaules, verdit le satin rose du corset. Un fil de perles, pas plus grosses que des grains de riz, joue sur les deux petites salières attendrissantes...

Maugis, assis près d’elle, tousse, et se congestionne. Le parfum de verveine citronnelle de Minne se propage en ondes jusqu’à lui, mouille sa langue d’une acidité fruitée... Tant de grâces offertes, et qu’il n’osait encore implorer, ne lui suffisent pas cependant. Embarrassé devant cette froide enfant paisible, il lui trouve un air absent, un sourire, presque déférent, de fillette prostituée que styla une mère infâme...

Minne a défait ses quatre jarretelles roses. Le corset, le pantalon s’en vont rejoindre le rayon des modes... D’un frileux resserrement d’épaules, Minne a fait tomber les épaulettes de sa chemise et se cambre, nue jusqu’aux reins, fière de ses petits seins écartés, qu’en son désir de paraître «plus femme» elle tend, raidie, vers Maugis.

Il touche avec précaution les fleurs de cette gorge chaste, et Minne, candide, ne frissonne pas. Il serre d’un bras la taille qui ploie, obéissante, sans rébellion nerveuse comme sans sursaut flatteur...

—Petit glaçon! murmure-t-il.

Il s’assied, et Minne, renversée sur ses genoux, lui passe ses deux bras au cou, comme un bébé ensommeillé qu’on va porter au lit. Maugis baise les cheveux d’or, attendri soudain à la câlinerie passive de cette enfant nue qui couche sur son épaule une tête plus résignée que tendre... Ce corps effilé qu’il berce, quel caprice, quel hasard l’a jeté en travers de ses genoux?...

—Mon pauvre agneau, murmure-t-il dans un baiser. Vous ne m’aimez guère, dites?