—Asseyez-vous, Monsieur. Puis-je vous être bon à quelque chose?

—Voici, Monsieur, ce qui m’amène. Je voudrais me renseigner sur une personne... Je n’ai pas de soupçons, mais, n’est-ce pas? on aime à être renseigné...

M. Camille lève une main de prédicateur deux fois baguée:

—C’est le devoir de tout homme de sens!

Puis il hoche un menton indulgent et averti, et pince sa moustache d’écuyer de manège, tandis que ses yeux de ruffian détaillent Antoine, découvrant en lui la poire, la poire bénie...

—Pour tout dire, il s’agit de ma femme. Je suis forcé de la laisser seule toute la journée, elle est très jeune, influençable... Bref, Monsieur, je vous prierai de me faire connaître, heure par heure, l’emploi des journées de ma femme.

—Rien de plus facile, Monsieur.

—Il faudrait quelqu’un de très adroit: elle est méfiante, intelligente...

M. Camille sourit, les pouces dans les poches de son gilet:

—Cela tombe à merveille, Monsieur, j’ai quelqu’un de sûr, un de ces génies ignorés et modestes...