Minne gagne encore dix francs. Elle ramasse les trois pièces; presque en même temps qu’elle, se penche un gros Allemand, qui touche aussi sa troisième douzaine... Mais une voix sèche part de dessous le jardin suspendu:
—Pardon, monsieur! veuillez laisser cette masse.
—Verzeihung! diese Einlage gehört mir!
Du tac au tac, la dame rétorque, en allemand cette fois:
—Sie müssen nur auf ihr Spiel Acht geben. Das Goldstück gehört mir... Lassen Sie mich in Ruhe!
L’homme, stupéfait, invoque des yeux le témoignage d’une loyale assistance, mais la loyale assistance a bien autre chose à faire... Minne n’en revient pas non plus, car la dame au chapeau, la dame qui ramasse les orphelins avec l’autorité que donne une mauvaise conscience, c’est Irène, Irène Chaulieu!
—Comment? c’est vous, Irène?
—Minne! elle est bonne, celle-là! Croyez-vous? ce barbu qui voulait me faire mon louis! Ne me parlez pas, ma chère, j’essaie ma petite combine, une martingale épatante!
Les courtes mains d’Irène tripotent des louis, empilent des pièces, pointent un carnet. Son nez de peseuse d’or s’incline sur une comptabilité crasseuse, sur un butin de pillarde. Sous le chapeau en terrasse fleurie, ses yeux, au-dessus du nez pincé et pâle, appellent l’or, l’adorent, le violentent, et ses mains d’escamoteuse dépouillent le tapis...
—N’est-ce pas qu’elle est épatante? chuchote une voix dans l’oreille de Minne.