Minne, assise au milieu de son lit foulé, écoute au fond d’elle-même le tumulte d’un sang joyeux. Elle n’envie plus rien, ne regrette plus rien. La vie vient au-devant d’elle, facile, sensuelle, banale comme une belle fille. Antoine a fait ce miracle. Minne guette le pas de son mari, et s’étire. Elle sourit dans l’ombre, avec un peu de mépris pour la Minne d’hier, cette sèche enfant quêteuse d’impossible. Il n’y a plus d’impossible, il n’y a plus rien à quêter, il n’y a qu’à fleurir, qu’à devenir rose et heureuse et toute nourrie de la vanité d’être une femme comme les autres... Antoine va revenir. Il faut se lever, courir vers le soleil qui perce les rideaux, demander le chocolat fumant et velouté... La journée passera oisive, Minne ne pensera à rien, pendue au bras d’Antoine, à rien... qu’à recommencer des nuits et des jours pareils... Antoine est grand, Antoine est admirable...

La porte s’ouvre, un flot de lumière blonde inonde la chambre.

—Antoine!

—Minne chérie!

Ils s’étreignent, lui frais de vent et d’air libre, elle toute moite, odorante de sa nuit amoureuse...

—Chérie, il fait un soleil! C’est l’été, lève-toi vite!

Elle bondit sur le tapis, court aux persiennes et recule, aveuglée...

—Oh! c’est tout bleu!

La mer se repose, sans un pli à sa robe de velours, où le soleil fond en plaque d’argent. Minne, éblouie et nue, suit dans une hébétude ravie le balancement, contre la vitre, d’une branche de pélargonium rose... Elle a poussé pendant la nuit, cette fleur? et les roses au nez roussi, Minne ne les avait pas vues hier...

—Minne! j’en ai des nouvelles!