—Ma tante ne voudra pas, observe Antoine sans autre étonnement. Et puis, ce n’est pas bon.

—Si, c’est bon! une pipe en sucre rouge pas trop fraîche, quand le dessus est blanc et un peu mou, et qu’il n’y a plus au milieu qu’un petit tuyau de sucre dur qui craque comme du verre... Porte ma tartine sur le buffet: elle m’agace.

Il obéit et revient s’asseoir aux pieds de Minne, sur une chaise basse.

—Parle-moi, Antoine. Tu es mon ami, distrais-moi!

C’est bien ce qu’il craignait. La dignité d’ami confère à Antoine une gêne extraordinaire. Quand Minne raconte des histoires d’assassinat ou d’outrage aux mœurs, ça va bien; mais parler tout seul, il s’en déclare incapable...

—Et puis, tu comprends, Minne, un jeune homme comme moi, ça n’a pas un répertoire d’anecdotes pour jeunes filles!

—Eh bien, et moi donc! riposte Minne blessée. Te figures-tu que je pourrais te raconter tout ce qui se passe à mon cours? Va, la moitié de ces chipies qui viennent au cours en automobile en remontreraient au père Luzeau!

—Non?

—Si! Et la preuve c’est qu’il y en a cinq ou six qui ont des amants!

—Oh! Tu blagues! leurs familles le sauraient.