—Je ne dis que ce que je veux dire. Penses-tu que je vais livrer à... à la honte... l’élite de la société parisienne?

—Minne, tu parles comme un feuilleton!

—Et toi, comme un voyou!

—Minne, tu as un sale caractère!

—C’est comme ça? je m’en vais.

—Eh bien, va-t’en!

Elle se détourne, très digne, et va quitter la chambre, lorsqu’un brusque rayon, jailli d’entre les nuées, provoque chez les deux enfants le même «ah!» de surprise: le soleil! quel bonheur! L’ombre digitée des feuilles de marronnier danse à leurs pieds sur le parquet...

—Viens, Antoine! courons!

Elle court au jardin, qui pleure encore, suivie d’Antoine qui traîne ses semelles avec mauvaise grâce. Elle longe les allées encore trempées, contemple le jardin rajeuni. Au loin, l’échine des montagnes fume comme celle d’un cheval surmené et la terre finit de boire dans un silence fourmillant.

Devant l’arbre à perruque, Minne s’arrête, éblouie. Il est pomponné, vaporeux et rose comme un ciel Trianon: de sa chevelure en nuages pommelés, diamantée d’eau, ne va-t-on pas voir s’envoler des Amours nus, de ceux qui tiennent des banderoles bleu tendre et qui ont trop de vermillon aux joues et au derrière?...