Elle fait «non, non» d’un signe excédé.

—Bonsoir, Minne...

Il prend sur le drap une petite main sèche, chaude, inerte, hésite à la baiser et la repose doucement, doucement, comme un objet délicat dont il ne sait pas se servir...

Depuis que Minne a quitté la Maison Sèche, des dimanches ont passé, ramenant autour de la tarte traditionnelle l’oncle Paul et Antoine. Minne détourne d’eux ses yeux sauvages parce que la vue de l’oncle Paul, jaune, fripé, offense sa fraîche et cruelle jeunesse, parce qu’Antoine, sous sa livrée noire à boutons dorés, a retrouvé sa dégaine d’enfant de troupe grandi trop vite, cuit au soleil...

Minne a repris ses cours quotidiens et ne cherche même plus, au coin de l’avenue déserte, l’inconnu à qui elle donne tous ses songes: le trottoir miroite d’averses ou sonne gelé sous le talon, comme aux matins de décembre... Maman brode, le soir, sous la lampe, se retourne parfois pour scruter innocemment le visage de sa chérie, et retombe dans sa paix active de mère tendre et aveugle... Il ne faut pas en vouloir à Maman, si Dieu l’a pourvue d’un don d’amour sans discernement. Tant d’honnêtes poules couvèrent, sous leurs ailes rognées, l’essor, bleu et vert métallique, d’un beau canard sauvage!

«C’est Lui! c’est Lui! Je reconnais sa démarche!»

Minne, penchée à tomber, crispe sur l’appui de la fenêtre ses deux mains, que l’exaltation glace... Ses yeux, son cœur le reconnaissent, à travers la nuit...

«Il n’y a que Lui pour marcher ainsi! Qu’il est souple! À chaque pas, on voit balancer ses hanches... La prison l’a maigri, on dirait... Est-ce la même casquette à carreaux noirs et violets? Il m’attend! il est revenu! Je voudrais me montrer... Il s’en va... Non! il revient!»

C’est un long rôdeur d’une souplesse désossée, qui fume et se promène. La clarté d’une fenêtre ouverte, à cette heure, l’étonne: il lève la tête. Minne, affolée, jurerait qu’elle reconnaît sur ce visage levé une pâleur unique, et la fumée de la cigarette monte vers elle comme un encens.

—Psst! fait Minne.