—Monsieur le baron, cette dame est là, lui murmura le valet de chambre.

—Bon Dieu! elle est déjà là! Et les gâteaux! et les fleurs! et tout!... Ça va être fichu comme quatre sous... Pourvu que le feu marche au moins!

Elle était là comme chez elle, son chapeau enlevé, assise devant le feu. Sa robe simple couvrait ses pieds; ses cheveux blonds en casque, électrisés par la gelée, la nimbaient d’argent une jeune fille des gravures anglaises, ses mains croisées sur les genoux... Et quelle gravité enfantine sur ces traits d’une finesse presque trop précise! Antoine, son mari, lui disait souvent: «Minne, pourquoi as-tu l’air si petite quand tu es triste?»

Elle leva les yeux sur le blondin qui entrait, et lui sourit. Son sourire lui faisait une figure de femme. Elle souriait avec une expression à la fois hautaine et prête à tout, qui donnait aux hommes l’envie d’essayer n’importe quoi...

—Oh! Minne! comment me faire pardonner?... Est-ce que je suis réellement en retard?

Minne se leva et lui tendit sa main étroite, déjà dégantée:

—Non, c’est moi qui suis en avance.

Ils parlaient presque de la même voix, lui avec une manière parisienne de hausser le ton, elle d’un soprano posé et ralenti...

Il s’assit près d’elle, démoralisé par leur solitude. Plus d’amis en galerie malveillante, plus de mari,—inattentif, le mari, c’est vrai, mais on pouvait au moins se donner en sa présence des joies d’écoliers malicieux: les mains qu’on effleure sous la soucoupe à thé, la moue du baiser qu’on échange derrière le dos d’Antoine... Hier encore, le petit baron Jacques pouvait se dire: «Je les roule, ils n’y voient tous que du feu!» Aujourd’hui, il est seul avec Minne, cette Minne qui arrive, tranquille, au premier rendez-vous, en avance!

Il lui baisa les mains, en l’examinant furtivement. Elle pencha la tête et sourit de son sourire orgueilleux et équivoque... Alors, il se jeta goulûment vers la bouche de Minne et la but sans rien dire, mi-agenouillé, si ardent tout à coup que l’un de ses genoux trépida, d’une danse inconsciente...