EN BAIE DE SOMME
Ce doux pays, plat et blond, serait-il moins simple que je l’ai cru d’abord? J’y découvre des murs bizarres: on y pêche en voiture, on y chasse en bateau... “Allons, au revoir, la barque est prête, j’espère vous rapporter ce soir un joli rôti de bécassines...” Et le chasseur s’en va, encaqué dans son ciré jaune, le fusil en bandoulière... “Mes enfants, venez vite! voilà les charrettes qui reviennent! je vois les filets tout pleins de limandes pendus aux brancards!” Etrange, pour qui ignore que le gibier s’aventure au-dessus de la baie et la traverse, du Hourdel au Crotoy, du Crotoy à Saint-Valery; étrange, pour qui n’a pas grimpé dans une de ces carrioles à larges roues, qui mènent les pêcheurs tout le long des vingt-cinq kilomètres de la plage, à la rencontre de la mer...
Beau temps. On a mis tous les enfants à cuire ensemble sur la plage. Les uns rôtissent sur le sable sec, les autres mijotent au bain-marie dans les flaques chaudes. La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue...
—Maman!...
—.....
—Maman, dis donc, maman!...
Son gros petit garçon, patient et têtu, attend, la pelle aux doigts, les joues sablées comme un gâteau...
Les yeux de la liseuse se lèvent enfin, hallucinés, et elle jette dans un petit aboiement excédé: