Mais ma mère secouait la tête: ses garçons ne rentraient que par des sentes de traverse, des prés marécageux et bleus; coupant par les sablières, les ronciers, ils sautaient le mur au fond du jardin... Elle se résignait à les trouver chez nous, à la maison, un peu saignants, un peu loqueteux; elle reprenait sur l’herbe les reliefs du repas, quelques champignons frais cueillis, le nid de mésange vide, la cartilagineuse éponge cloisonnée, œuvre d’une colonie de guêpes, le bouquet sauvage, des cailloux empreints d’ammonites fossiles, le grand chapeau de “la petite”, et mon père, encore agile, remontait, d’un saut d’échassier, dans la victoria.
C’est ma mère qui caressait la jument noire, qui offrait à ses dents jaunies des pousses tendres, et qui essuyait les pattes du chien pataugeur. Je n’ai jamais vu mon père toucher un cheval. Nulle curiosité ne l’a attiré vers un chat, penché sur un chien. Jamais un chien ne lui a obéi...
—Allons, monte! ordonnait à Moffino la belle voix du capitaine.
Mais le chien, contre le marchepied de la voiture, battait de la queue froidement, et regardait ma mère...
—Monte, animal! Qu’est-ce que tu attends? répétait mon père.
“J’attends l’ordre”, semblait répondre le chien.
—Eh! saute! lui criais-je.
Il ne se le faisait pas dire deux fois.
—C’est très curieux, constatait ma mère.
—Ça prouve seulement la bêtise de ce chien, répliquait mon père.