—C’est pour toi, prends, insista ma mère.

Il perdit le premier son sang-froid et éclata en larmes.

—Mais... mais... je ne les aime pas! sanglotait-il.

“Sido” se pencha, aussi attentive qu’au-dessus d’un œuf fêlé par l’éclosion imminente, au-dessus d’une rose inconnue, d’un messager de l’autre hémisphère:

—Tu ne les aimes pas? Qu’est-ce que tu voulais donc?

Il fut imprudent, et avoua:

—Je voulais les demander.

Lorsqu’elle partait chaque trimestre pour Auxerre à deux heures du matin, dans la victoria, ma mère cédait presque toujours aux instances de son enfant le plus jeune. Le privilège de naître la dernière me conserva longtemps ce grade d’enfant-le-plus-jeune, et ma place dans le fond de la victoria. Mais avant moi il y eut pendant une dizaine d’années ce petit garçon évasif et agile. Au chef-lieu, il se perdait, car il déjouait toute surveillance. Il se perdit ici et là, dans la cathédrale, dans la tour de l’horloge, et notamment dans une grande épicerie, durant qu’on emballait le pain de sucre drapé d’un biais de papier indigo, les cinq kilos de chocolat, la vanille, la canelle, la noix-muscade, le rhum pour les grogs, le poivre noir et le savon blanc. Ma mère fit un cri de renarde:

—Ha!... Où est-il?

—Qui, madame Colette?