J'ai l'honneur d'être, etc.—CAILLOT-DUVAL.
A M. Le Cat, à Abbeville.
Nancy, le 24 novembre 1785.
L'état de dépérissement et de marasme dans lequel je me trouve, monsieur, depuis 15 jours, m'oblige de me servir d'une main étrangère pour vous rappeler l'indulgence avec laquelle vous avez bien voulu répondre à ma lettre du 23 septembre: elle sembloit me promettre une correspondance suivie: à quoi dois-je donc attribuer le silence obstiné que vous gardez avec moi? Vos lettres eussent fait le charme de ma solitude: depuis mon arrivée dans cette ville je vois infiniment peu de monde, et absolument personne depuis trois semaines.
Mon poëme des Amusemens de la campagne est tout à fait fini; je vais l'envoyer à Paris, et je n'omettrai rien pour que la partie typographique soit bien soignée. Il y aura vingt-quatre gravures, une à chaque chant, et de plus le frontispice. Vous concevez que cet ouvrage m'entraîne dans de grands frais: mais j'espère en être dédommagé. Comme je ne veux pas cependant que vous attendiez deux et peut-être trois mois à avoir ce poëme, je vous en fais faire une copie (sans préjudice de l'exemplaire que je vous destine), et je compte qu'elle sera prête dans huit jours. Je pars pour Paris, si toutefois ma foible santé me le permet. Mon départ est fixé au 15 du mois prochain; et si, à cette époque, je n'ai pas reçu de vos nouvelles, j'attribuerai votre silence à la multiplicité de vos occupations, et je ne vous enverrai pas moins la copie de mon poëme; mais je me plais à croire que vous ne voudrez pas me laisser plus long temps dans l'inquiétude; d'ailleurs je vous avoue que je serois fort embarrassé pour vous faire passer mon manuscrit; la poste est une voie très-dispendieuse, et cependant si vous ne m'en indiquez pas une autre, je serai forcé de m'en servir, et dans ce cas je crains bien que le plaisir que vous éprouverez à me lire, ne vous dédommage pas des frais.
J'ai l'honneur d'être, etc.—CAILLOT-DUVAL.
P. S. Si vous avez quelque répugnance à suivre une correspondance qui pourroit vous devenir fastidieuse, faites-moi la grâce de me le marquer.
Vous connoissez sans doute le poëme de l'harmonie imitative dont M. Piis[ [20] vient de nous régaler: je me suis permis une petite sortie sur ce poëme, que je n'ai trouvé ni harmonieux ni à imiter.
J'ose espérer que vous ne serez pas fâché d'apprendre que Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies vient de m'envoyer la patente de membre de l'Académie impériale de Pétersbourg.