Je travaillois à une parodie en vers de Médée, tragédie dans laquelle il y aura beaucoup de caricatures sur plusieurs autres tragédies, lorsque la maladie que je viens d'essuyer, et qui a mis un retard considérable dans toutes mes affaires, m'a obligé de renoncer pour quelque temps à tout travail littéraire.—Recevez, je vous prie, les vœux sincères que je forme pour vous, et soyez persuadé que ce n'est point l'usage seul qui les dicte, mais bien des sentiments plus nobles et plus purs.— Je vous embrasse de tout mon cœur,et suis, etc. LE CAT.
Monsieur, voici mon épître au prince Kabardinski. J'aurois bien désiré qu'elle fût plus digne de lui, mais j'ai fait tout ce que j'ai pu. Vous n'ignorez pas combien ce genre est difficile, et combien il est rare d'y obtenir des succès; il ne faut que du goût pour juger une épître, mais il faut être poëte pour en faire de bonnes, et c'est bien à cet égard que l'on peut dire: «La critique est aisée et l'art est difficile».
Au surplus, j'ose espérer que vous voudrez bien présenter au prince mon foible essai; muni de votre passeport, peut-être sera-t-il accueilli, et me procurera-t-il l'avantage de devenir votre confrère. Je viens d'obtenir l'assurance de la première place qui vaquera à l'académie d'Amiens, et ce seroit, lorsque j'en serois membre, une grande satisfaction de pouvoir vous y introduire. Quand votre poëme sur les Amusements de la campagne aura vu le jour, ce sera, je crois, le vrai moment d'agir à ce sujet: je vous indiquerai alors la marche qu'il faudra suivre.—Je n'ai pas encore reçu votre brochure sur le magnétisme; mandez-moi si vous l'avez fait remettre à l'adresse que je vous ai donnée, et sur-tout n'oubliez pas de m'instruire de l'état de votre santé.—J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère attachement, etc.—Le Cat.
Epître
A SON ALTESSE LE PRINCE KABARDINSKI
Daigne, ô Kabardinski! daigne agréer, l'hommage D'un rimeur sans éclat, mais vrai dans son langage Qui toujours méprisa le vil adulateur, Et du vice insolent fut le persécuteur; Qui préféra le pauvre, honnête en sa misère, Vertueux citoyen, tendre époux et bon père, Au grand enorgueilli; qui voit l'infortuné D'un œil indifférent au malheur condamné; A cet épais Midas, qui, fier de ses richesses, Ne prodigue son or qu'à d'infâmes maîtresses; Au philosophe altier, dont le système affreux Méconnoît tout, jusqu'à l'existence des dieux; Au poëte sans mœurs, dont la muse fangeuse Ne trempe ses pinceaux que dans une eau bourbeuse; A ce magnétiseur qui veut, avec les doigts, De Celse et de Galien surpasser les exploits; A cet auteur rongé des serpents de l'envie, Qui respire la rage avec la jalousie. S'il me falloit chanter ce peuple d'avortons, Ma Muse briseroit aussitôt ses crayons. Mais pour toi, prince aimable, alors que je te loue, Minerve m'applaudit, la Vérité m'avoue. Né d'antiques aïeux, frère d'Héraclius, Mais bien plus grand encor par tes propres vertus, Qu'il m'est doux de vanter ton nom et ta naissance, Ta magnanimité, ta noble bienfaisance! Qu'il m'est doux, en t'offrant mon respect et mes vœux, De pouvoir célébrer tes destins glorieux! D'apprendre à l'univers que du Nord l'héroïne, Que la Terreur du Turc, l'illustre Catherine, Voit en Kabardinski son ami, son soutien, Le père du soldat comme du citoyen. Cette auguste amitié est un éloge insigne: On ne peut l'obtenir à moins qu'on n'en soit digne. Mais quand la Vérité dirige mon pinceau, Quand le feu qui m'anime est pris à son flambeau, Je vois, parmi les faits qui forment ton histoire, Des faits que nos neveux pourront à peine croire, Lorsque Clio dira, dans la suite des temps, Que ton épouse un jour te donna cinq enfants, Cinq mâles, pleins de vie, et que leur souveraine Alors de chacun d'eux a fait un capitaine. Quand, par un monument des peuples révéré, Ce prodige inouï deviendra consacré, En admirant un trait si rare et si fameux, L'on marquera ta place au rang des demi-dieux. Tu réaliseras tous les exploits d'Hercule. Puisse, dans l'avenir, ce trop foible opuscule Prolonger sa durée, à l'abri de ton nom! Puisse-t-il, avoué du dieu de l'Hélicon, Près de toi reposer au temple de Mémoire! Un sort aussi flatteur suffiroit à ma gloire.
Le CAT, à Abbeville.