A Madame de Launay, rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris

Nancy, le 14 novembre 1785.

J'ai reçu, madame, une lettre de Paris en date du 11, que je soupçonne venir de vous; on me mande d'envoyer la marchandise que j'ai annoncée; mais comme cette lettre n'est pas signée et que ce pourroit être une supercherie, je ne crois pas devoir m'y fier; or, avant de faire partir mes deux paquets, je désire savoir vos intentions d'une manière plus positive; et puisque vous avez de la répugnance à signer votre nom, pour que je sache à quoi m'en tenir, il faudra signer un nom en l'air, et qui ne soit pas commun, comme, par exemple, Copernic ou Ticho-Brahé.

Répondez-moi tout de suite, car on me persécute ici, et j'ai peur qu'on ne découvre le pot aux roses; vous savez à quoi je serois exposé et vous connoissez les sollicitudes du métier. J'en ai devant les yeux un exemple terrible: c'est un malheureux jeune homme d'une famille honnête qui s'est promené hier dans les rues de la ville, tenant en main une bride d'un nouveau genre, et qui a essuyé le châtiment accoutumé, au grand contentement de l'assemblée qui rit toujours à ces sortes d'exécutions[ [24]. Voilà les hommes: ils nous trouvent très bons pour leur être utiles, et ils nous abandonnent dans l'adversité. Quelle injustice! et à combien de réflexions morales cela ne porteroit-il pas? Mais laissons ces idées tristes: continuons à faire le bien, à soulager l'humanité souffrante; moquons-nous des sots et prenons leur argent.—J'ai l'honneur d'être, etc.—CAILLOT-DUVAL.


Réponse

Paris, le 21 novembre 1785.

Monsieur, vous ne devé poin douté des deux paques que vous avé à envoyet avec une laitre de votre part que les deux paques me seront remis, vous pouvé aitre persuadé que je meteré toute mes atansion que je les plaseré pas loin de ché mois, je suis ennatandans votre réponse.—Jé lhonneur d'aitre votre tres humble.—DE COPERNIC.

IV
A M. Soudé, rue Dauphine, à Paris