—Je dis des pissevaches. En Suisse, vous savez bien, toutes les cascades sont des pissevaches.

—Non, je ne comprends pas bien, mais vous avez de l'esprit d'à propos... En effet, ce sont tout à fait des vaches vues par derrière, mes pauvres cascades... ces bonnes vaches qui donnent de si bon lait, du si bon beurre, du si bon miel!

—Oh! du miel surtout, Floche!


CHAPITRE III

Le déjeuner que Floche avait, par économie, refusé de manger se servait pendant la montée serpentine du Gothard, tandis que, béats, les touristes épataient leurs nez contre les vitres sales.

Seuls, Avertie et un couple amoureux se désintéressaient du paysage. Le couple, comme tous ceux du même genre, s'entre-mangeait des yeux au-dessus de l'omelette aux fines herbes et du veau marengo. La femme, américaine, très fraîche sans être très jeune, avait la poitrine libre sous une étoffe légère. Quand elle faisait effort pour rompre son pain trop cuit, ses seins en cloches remuaient.

«Voilà bien ce qu'ils préfèrent, les hommes!» soupira Avertie en caressant du plat de la main sa petite poitrine de Fellah. Dieu! que tout ce monde-là mange de façon commune et même ce gentil gosse de 13 ans!» pensa-t-elle encore!

Elle eût souhaité à l'enfant une vilaine figure, tant ses vilaines manières offensaient sa beauté. Quand elle se leva, tandis qu'il s'empressait poliment pour l'aider à remettre son manteau, elle dit à demi voix:—Merci beaucoup, mon petit monsieur, et, puisque vous êtes si poli, écoutez une vieille dame: lorsqu'on a, comme vous, une jolie figure, il faut avoir les ongles propres et ne pas manger avec ses doigts.» Et elle partit.