—Oh! vous me faites mal!

Aussitôt, il relâcha son étreinte et se rejeta vivement en arrière. Puis, les bras croisés, il la contempla sombrement.

—Êtes-vous donc si froide, ou si perverse que vous puissiez rester insensible à ce que vous me faites éprouver? Et quelle puissance a donc votre douce voix pour me dominer ainsi? Ah! petite sirène qui avez peuplé de votre image mes paradis imaginaires, qu'êtes-vous venue faire sur ma route si vous ne voulez pas me noyer avec vous dans l'amour infini! (Et il la regardait ardemment.) Vous avez écrit: «J'ai besoin de la chaleur de votre corps comme de celle du soleil... J'ai faim de vous... Le paradis entrevu sur votre bouche adorée...» Le paradis, dearest! (et sa voix était un souffle passionné) il est partout où vos adorables pieds—petits cuttle fisches des plages de l'Adriatique—précèdent les miens, partout où je puis respirer votre haleine... Vous êtes ma rose blanche... Embrassez-moi!

Elle regarda le poète de ce regard où l'on cherche à voir dans une âme quelque chose d'extraordinaire. Ils se mesurèrent tous deux un instant et leurs lèvres se joignirent.

Mais la gondole débouchait sur la Giudecca. Dick se souvint du temps et des lieux. Il s'assit auprès de sa compagne, tenant encore une de ses mains frêles dans la sienne; et, leurs doigts enlacés étroitement, comme eussent désiré l'être leurs corps, ils goûtèrent, exaltés par l'amour, la beauté de Venise.


CHAPITRE X

Au débarcadère du Jardin Eaden, Avertie se leva et tendit la main à Dick.

—Adieu.

—Non, reprit-il, laissez-moi espérer. Je sais que nous nous reverrons.