Soudain inquiète, elle se retourna brusquement vers Maud.

—Vous avez perdu votre porte-monnaie? demanda celle-ci.

—Il s'agit bien de mon porte-monnaie!... Nous avons simplement manqué les vieux palais! ceux dont votre mari nous avait parlé! Sur le petit canal... j'en suis sûre! Tout ce qu'il y a de plus beau, une colonnade du temps où les Vénitiens avaient peur des Huns. Vous savez, j'en ai le feu au derrière rien que d'y penser! Il faut y retourner!

Mais le bateau piquait déjà droit sur Venise.

—Ah! toute ma journée est gâchée à présent! C'est bien ça, la vie!

Et elle retomba avec un geste mourant, mais bien calculé, le nez sur le thé et les gâteaux que le Peintre lui avait préparés.

L'horizon, sous les rayons obliques du soleil, se teintait de corail rose. Un léger vent du large s'était levé qui faisait s'incliner les voiles au loin et hâter l'allure des barques de pêche.

En regardant Venise prendre peu à peu une forme plus nette, Avertie songea à Dick. Cela lui sembla un présage étrange que chaque tour d'hélice la rapprochât inéluctablement de celui qui vivait là-bas dans cette masse lointaine et l'attendait sans doute. Son cœur se dilata à l'espoir de le voir encore. L'adieu qu'il lui avait fait avait été une menace, presque. Elle s'effraya soudain de la ténacité qu'elle devinait en lui. Anxieuse, elle se demandait maintenant ce qu'il ferait d'elle.

Puis elle réfléchit qu'il perdrait certainement sa trace dès qu'elle aurait quitté Venise pour des pays peu fréquentés. Mais le soupir, si spontané et si profond, qui monta de son cœur, lui révéla le sentiment vrai qu'elle avait pour lui.

Ah! comme elle eût voulu le retrouver à la fin de ce jour qui la laissait toute vibrante des beautés entrevues, toute secouée d'émotions!... Comme elle les lui eût fait partager, la tête sur son cœur, sous le ciel nocturne de l'enivrante Venise!