Sur le quai de la gare, par lunatisme, les Pèlerins faillirent encore manquer le train de Castel-franco.
Ils se précipitèrent dans le premier wagon ouvert et il se trouva, quand la porte fut refermée et le train parti, qu'on était neuf, avec enfants, valises et paniers de victuailles.
Floche, mécontente, murmura:
—Faudrait toujours être mince en voyage... Le bœuf qui s'asseoit sur la puce, fable... ajouta-t-elle en écrasant résolument une petite fille, à la fureur piaillante de la mère.
Mais ils arrivèrent vite à Castel-franco où, grâce à Maud, une voiture les attendait pour leur expédition extra-bædekeriste.
La glycine violette dont les murs de la gare étaient couverts, les bouquets de roses jaunes grimpantes, le soleil éblouissant, tout cela leur donna de la bonne humeur.
—Faut que nous ayons marché dans quelque chose, dit Floche, pour que tout arrive ainsi à souhait. Et moi qui avais senti la Bonace, ce matin!
Un jeune homme comme il faut, au nez pointu surmonté d'un binocle, chapeau à la main, les attendait à la portière d'une confortable calèche tendue de damas nankin. Il se nomma: Comte Rampoli. Prévenu par Maud, il était venu à leur rencontre pour les mener chez son oncle voir les Arènes de Cornaro.
Le parc des Rampoli leur causa une impression de fraîcheur, de désordre, tout à fait inattendue. La calèche les emportait vite, au travers des magnolias et des néfliers du Japon; les branches fleuries balayaient parfois leur visage.
Une pièce d'eau à l'anglaise, dont la nappe se divisait en méandres sinueux, créait des perspectives où le maître du jardin avait su peindre des tableaux naturels avec le vert des mélèzes, le blanc argenté des bouleaux et des frênes, le pourpre des hêtres et l'or des negundos....